6

Le défi de l'endettement des entreprises chinoises

WASHINGTON – Même si elle a ralenti depuis quelques années, la croissance de l'économie chinoise reste forte et contribue au tiers de la croissance mondiale. Elle devrait rester stable à long terme grâce au passage d'un modèle de croissance basé sur l'investissement et les exportations à un autre basé sur les services et le demande intérieure.

Dans l'attente du sommet du G20 début septembre à Hangzhou, la Chine appelle les pays avancés et émergents à des réformes structurelles destinées à stimuler la croissance. Mais des menaces intérieures planent sur l'économie chinoise. Il s'agit avant tout du crédit qui croît à un rythme insoutenable, tandis que l'endettement des entreprises atteint un niveau dangereux.

Aleppo

A World Besieged

From Aleppo and North Korea to the European Commission and the Federal Reserve, the global order’s fracture points continue to deepen. Nina Khrushcheva, Stephen Roach, Nasser Saidi, and others assess the most important risks.

Selon le tout récent rapport annuel du FMI sur l'économie chinoise, le taux de croissance du crédit est le double de celui de la production. Il est en hausse rapide dans tous les secteurs, y compris dans le secteur financier interconnecté qui reste opaque. Bien que la hausse du volume du crédit soit élevée comparé aux normes internationales (c'est un indicateur clé d'une crise potentielle), sa capacité de stimulation de la croissance est à la baisse.

Les signaux d'alarme sont au rouge et le gouvernement reconnaît le problème. Pour éviter une crise, il devrait dès à présent entreprendre des réformes d'ensemble pour remédier aux causes du surendettement des entreprises. Ces causes tiennent essentiellement à des objectifs de croissance intenables : le laxisme budgétaire des entreprises publiques et des autorités locales, la garantie implicite ou explicite des dettes par l'Etat et les prises de risque excessives dans le secteur financier.

Pour résoudre le problème, le gouvernement doit, selon les mots du Premier ministre Li Keqiang, "remuer sans le moindre remord le couteau dans la plaie des entreprises zombies". Cette éradication doit s'accompagner de la restructuration des entreprises qui peuvent être sauvées. Le gouvernement doit aussi identifier les pertes des créanciers et les répartir équitablement, prendre en compte les coûts sociaux (dont le sort des travailleurs déplacés) et ouvrir plus largement les marchés au secteur privé. Plus fondamentalement, il doit accepter l'inéluctabilité de la baisse de la croissance à court terme.

La restructuration des entreprises publiques est le point clé. Beaucoup d'entre elles sont maintenues artificiellement en vie. Elles contribuent à seulement 20% de la production, alors que leur endettement représente 50% de l'ensemble de la dette des entreprises. Cette restructuration doit inclure des règles budgétaires plus sévères, l'arrêt du crédit aux entreprises non viables et de la garantie des dettes par l'Etat, ainsi que la prolongation des réformes déjà en cours du coté de l'offre. Cela favorisera la création de nouvelles entreprises dynamiques et stimulera la croissance.

Sous différents aspects, le cas de la Chine est unique, mais bien d'autres pays ont déjà été confrontés au surendettement de leurs entreprises. L'expérience de ces pays devrait inciter les dirigeants chinois à :

- agir rapidement et efficacement pour que l'endettement des entreprises ne se transforme pas en problème systémique ;

- trouver une solution à la fois pour les créanciers et pour les débiteurs (ne s'occuper que des uns ou que des autres revient à créer de nouveaux problèmes) ;

- identifier et remédier aux défauts de gouvernance qui ont fait que l'endettement des entreprises a pu atteindre un niveau dangereux. Au minimum, le gouvernement doit construire un systéme efficace pour traiter l'insolvabilité, établir des règles strictes d'ajustement des prix en fonction des risques (eux-mêmes évalués avec toute la rigueur possible), adopter des règles comptables sûres, prévoir la budgétisation des pertes dues à l'endettement et améliorer la transparence financière.

Prompts à tirer des leçons de l'étranger, des voies influentes en Chine soulignent que s'attaquer à la dette des entreprises pourrait diminuer la croissance à court terme et avoir un coût social important - le chômage par exemple. Ce sont des préoccupations dont il faut tenir compte, mais tout autre choix (des demi-mesures ou pas de réforme du tout) aggraverait la situation.

Les autorités devraient commencer par restructurer les entreprises non viables dans les régions en croissance rapide, là où les travailleurs pourront trouver plus facilement un nouvel emploi et où les réformes ne devraient pas affecter la croissance. Par contre elles doivent faire preuve de plus de vigilance en ce qui concerne les entreprises situées dans les régions de faible croissance ou dans les villes où une seule entreprise domine l'économie locale.

Des mesures de protection sociale de grande ampleur (dont l'aide à la reconversion des travailleurs) permettraient d'amortir le choc des licenciements, des difficultés liées au chômage ou au redéploiement des travailleurs et montreraient l'engagement du gouvernement en leur faveur. 

A son crédit, la Chine a déjà pris des mesures pour résoudre le problème de la dette et commencer à se désendetter. Le Plan quinquennal en cours vise à réduire la surcapacité de production dans le secteur du charbon et de l'acier, à identifier et à restructurer les entreprises publiques "zombies" et à financer des programmes d'aide aux travailleurs touchés par les restructurations.

L'heure a sonné pour la Chine d'entreprendre des réformes de fond. Le bilan des banques ne comporte encore qu'une faible part de crédits à risque et leur capacité de prêt reste importante. Le coût des pertes potentielles liées aux prêts accordés aux entreprises (7% de son PIB selon le dernier rapport du FMI sur la stabilité financière dans le monde) est encore supportable. Pour échapper aux effets négatifs des réformes, le gouvernement dispose de deux boucliers : le niveau de la dette qui est relativement bas et le volume des réserves en devises étrangères.

Support Project Syndicate’s mission

Project Syndicate needs your help to provide readers everywhere equal access to the ideas and debates shaping their lives.

Learn more

La Chine pourra-t-elle se désendetter suffisamment avant que ces boucliers ne cèdent ? Compte tenu des succès économiques qu'elle a connus et de l'engagement résolu du gouvernement en faveur de réformes ambitieuses, elle peut répondre au défi… à condition de le faire dès à présent.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz