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Le Bangladesh se talibanise

Le Bangladesh prendrait-il le chemin du trou noir qui consuma l’Afghanistan sous le règne des Taliban ? Les peurs se concrétisent alors que les forces officielles et religieuses fondamentalistes semblent maintenant opérer en toute impunité – et avec l’apparent soutien des forces locales de police, du Parti national bangladais (PNB) et les autorités locales.  

Pendant de nombreuses années, le Bangladesh représenta l’exception dans le monde musulman, suivant un chemin indépendant de manière pacifique, démocratique et laïque. Traditionnellement, sous l’enseignement mystique des soufis bangladais, la population, en majorité musulmane, vécut pacifiquement avec les autres religions et le Bangladesh faisait preuve d’avancement en matière d’éducation et de droits civiques pour les femmes. Jusqu’à récemment, les fondamentalistes musulmans étaient discrédités, à cause de milices telles que Al Badr et Razakar soutenant les atrocités commises à l’encontre des populations civiles lors de la guerre civile de 1971.

Cela commença à changer en 2001, quand le Premier ministre, Begum Khaleda Zia, veuve de l’homme fort de l’armée, le Général Zia, remplaça la laïcité de la constitution par la « souveraineté d’Allah ». Encouragé par ce changement, Jamaat-e-Islami, membre junior de la coalition ralliée au PNB, lié aux milices et proche du Pakistan, appelle à la mise en application de la Charia, la loi musulmane.

Le PNB semble considérer l’extrémisme religieux comme un outil de destruction de l’opposition, représentée par la Ligue Awami, largement soutenue par les classes moyennes laïques et urbaines. De même, l’augmentation massive du nombre d’écoles religieuses, les madrassas, financées par des fonds venus d’Arabie saoudite et du Golfe persique, qui s’élèvent à peu près à 64 000 et fonctionnent sous le même principe fondamentaliste musulman qui inspira les Taliban, le Deobandi, fait parti d’un effort clairement affiché d’influencer la culture bangladaise de tolérance religieuse.