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Pape François le Politicien

BUENOS AIRES – Jorge Mario Bergoglio – qui n’est ni italien, ni européen, mais latino-américain originaire d’Argentine – a désormais été élu souverain pontife de l’Eglise Catholique Romaine. Que peut attendre, le cas échéant, l’Amérique Latine du Pape François I ?

Pour commencer, il paraît évident que le pape François tentera d’affirmer son influence politique dans la région, plutôt à la manière du Pape Jean-Paul II lorsqu’il avait usé de son autorité dans sa Pologne natale et en Europe Centrale dans la décennie qui avait abouti à la chute du communisme. Ancien Jésuite, Bergoglio a été éduqué dans un ordre religieux – fondé au seizième siècle pour s’opposer à la Réforme Protestante – connu pour son pouvoir au sein de l’église et pour son désir toujours plus grand d’influence politique. Il n’est donc pas surprenant que Bergoglio ait toujours considéré la politique, même d’un point de vue religieux, comme essentielle dans son travail.

Il s’est par exemple fermement opposé au régime de la présidente Cristina Fernández de Kirchner et à celui de son mari et prédécesseur, Néstor Kirchner. Il a activement contribué à la création d’une coalition de partis d’opposition pour contrebalancer le pouvoir écrasant du Kirchnerisme, dont l’influence n’a cessé de gagner du terrain au parlement, dans l’administration judiciaire et les médias indépendants en Argentine.

Néstor Kirchner, accusant Bergoglio d’être à la tête de cette coalition d’opposition, avait en effet refusé d’assister à une messe traditionnelle – un Te Deum – parce qu’il craignait d’être le sujet du sermon du Cardinal qu’il était à l’époque. On se souvient de sa mémorable déclaration sur le fait que l’église appartient à tous, et que parfois, le démon s’habille en soutane.