7

Gérer un monde de grandes puissances

MADRID – La compétition entre grandes puissances est aujourd’hui une réalité : les États-Unis sont en concurrence avec une Russie de plus en plus active et une Chine en plein essor. Le Moyen-Orient, la mer de Chine méridionale et l’Ukraine ne sont que trois des théâtres dans lesquels se manifeste cette nouvelle réalité.

En relisant le livre de l’ancien secrétaire d’État adjoint américain Strobe Talbott, The Great Experiment, j’ai eu l’impression que les racines de certaines dynamiques en cours aujourd’hui remontent à plus d’une décennie. L’ouvrage décrit une conversation intervenue en décembre 2000 entre le président sortant Bill Clinton et George W. Bush, récemment élu. Clinton dit que d’après la campagne électorale de Bush, les questions de sécurité qui semblent le préoccuper le plus sont Saddam Hussein et la mise en place d’un système antimissile de grande ampleur. « C’est tout à fait juste » lui répond Bush.

Ces questions furent mises en suspens lorsque survint une tragédie inattendue, sous la forme des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Ces événements entraînèrent une période de coopération internationale durant laquelle la solidarité contre le terrorisme prédomina. Ce fut l’époque où nous étions tous Américains dans l’âme et où Bush disait de Poutine qu’il était « très franc et digne de confiance ».

La conjoncture changea ce même décembre, lorsque les États-Unis annoncèrent qu’ils se retiraient du Traité concernant la limitation des systèmes antimissiles balistiques (Traité ABM), de façon à construire un système de défense antimissile pour se protéger de la menace posée par les éventuelles capacités nucléaires de l’Iran. Ce revirement n’est pas passé inaperçu en Russie.