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L’anesthésique des marchés de Mario Draghi

CHICAGO – Du point de vue de la stabilité européenne, les élections italiennes n’auraient pas pu fournir pire résultat. Le Parlement italien est divisé entre trois forces politiques qui sont incompatibles mais pas assez fortes pour gouverner seules. Pire encore, une de ces forces, qui a remporté 25% des suffrages, est un parti populiste anti-euro, tandis que l'autre, un groupe eurosceptique dirigé par l'ancien premier ministre Silvio Berlusconi, a reçu près de 30% de soutien, donnant une majorité claire contre l’euro.

Malgré ces résultats effrayants, le spread de taux d'intérêt des obligations d'état italiennes par rapport aux bunds allemands a augmenté de seulement 40 points de base depuis les élections. En juillet 2012, quand un gouvernement pro-européen et avec un programme d'austérité dirigeait le pays, avec à sa tête l'économiste très respecté Mario Monti, le spread a atteint 536 points de base. Aujourd'hui, sans gouvernement et avec une très faible probabilité qu’un gouvernement décent soit formé rapidement, le spread se situe à 314 points. Alors, est-ce que les marchés misent sur une hausse des valeurs italiennes, ou ont-ils perdu leur capacité à évaluer les risques ?

Une étude récente par Morgan Stanley auprès d’investisseurs internationaux donne à penser qu'ils ne sont pas optimistes. Quarante-six pour cent des répondants ont dit que le scénario le plus probable en Italie est une administration provisoire et de nouvelles élections. Et ils considèrent ce scénario comme étant la pire des solutions, impliquant un retard dans la mise en œuvre de toute nouvelle mesure économique, une incertitude politique profonde et le risque d'un résultat encore moins favorable lors des prochaines élections.

L'enquête a également clairement indiqué pourquoi le spread de taux d'intérêt sur les obligations d'état italiennes n'augmente pas beaucoup plus : la reconnaissance du filet de sécurité fourni par la Banque centrale européenne. Bien que les investisseurs croient que le filet est peu susceptible d'être utilisé, sa simple présence les dissuade de parier contre l'Italie. En d'autres termes, le programme des « outright monetary transactions » (OMT) annoncé par le président de la BCE Mario Draghi en juillet dernier a servi de « bazooka » comme on dit – une arme tellement puissante qu'elle n'a pas besoin d'être utilisée.