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Les trois calendriers du Proche-Orient

BERLIN – Trois trajectoires historiques distinctes déterminent les développements au Proche-Orient : les événements à court terme des luttes et des jeux politiques quotidiens ; l’évolution à moyen terme des changements géopolitiques, qui se mesure en décennies et finalement, l’horizon temporel à long terme des transformations socioculturelles, ou ce que l’historien Fernand Braudel nommait la longue durée. Bien comprendre chacune de ces échelles historiques est essentiel pour formuler une stratégie qui puisse vraiment changer les choses dans la région.

La courte durée est certainement celle qui reçoit le plus d’attention. Les médias suivent sans cesse les moindres détails de la dernière série de combats entre Israël et le Hamas ; des négociations récentes portant sur le programme nucléaire de l’Iran ; des activités permanentes de l’opposition et de la répression politique en Égypte et au Bahreïn et les massacres et les tragédies humaines qui se déroulent en Syrie et en Iraq.

Pour ce qui est de la pensée politique au Proche-Orient, elle est souvent associée à la seconde échelle de temps. En fait, il est impossible de comprendre l’histoire et la politique contemporaines de la région sans connaître l’avènement du système d’État régional succédant la Première Guerre mondiale et la chute de l’Empire ottoman.

Il y a par exemple les rappels constants que ce sont des puissances étrangères, plus particulièrement le Royaume-Uni et la France qui ont dessiné les frontières actuelles. La résistance contre l’ordre établi par les accords de Sykes-Picot a entretenu les mythes fondateurs de bon nombre d’États et de mouvements politiques de la région.