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Le retour de l'Amérique en Irak

DENVER – La décision du Président Barack Obama d'augmenter le nombre de troupes américaines sur le terrain en Irak et de les baser dans la province sous influence sunnite d'Anbar, a suscité un vaste débat. Aux États-Unis, le débat public a tourné autour des leçons tirées du Vietnam, où des déploiements supplémentaires ont conduit au bourbier. Mais dans le Monde arabe, la discussion porte sur les ramifications politiques de la décision : les États-Unis, en armant les milices sunnites, ont-ils abandonné tout espoir d'un Irak unitaire ?

Compte tenu de l'ampleur de la menace de l'État islamique en Irak et au Moyen-Orient et de son apparition au début du marathon de campagne des élections présidentielles américaines de 2016, l'attention consacrée aux implications de la politique américaine est compréhensible. Mais la fin heureuse, voire même tolérable, de la crise courante dépend bien davantage de la décision que vont prendre les acteurs de la région.

Depuis le début de la crise, on a beaucoup cherché à savoir si les dirigeants chiites de l'Irak (notamment l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et son successeur Haider al-Abadi), avaient assez tendu la main à la minorité sunnite du pays. Bien que les Sunnites ne représentent que 20% de la population de l'Irak environ, ils jouent un rôle démesuré quand il s'agit de déterminer le sort du pays. Ils ont été un élément clé des classes dirigeantes de la Mésopotamie depuis des siècles et leur sens du droit est palpable. Par ailleurs en dehors de la Syrie, les Sunnites dirigent tous les États arabes, y compris là où ils sont en minorité (comme à Bahreïn).

En effet, les Sunnites font preuve de profondeur stratégique à travers le Moyen-Orient arabe. Ils le savent et les Chiites le savent aussi. Un Irak dirigé par des Chiites n'a pas des alliés naturels dans le Moyen-Orient arabe.