0

La Turquie menacée par le fondamentaliste laïque ?

NEW YORK -- Le procureur de la Cour de cassation de Turquie a récemment recommandé à la Cour constitutionnelle de dissoudre le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. Les élections libres et équitables qui ont vu la réélection à la majorité de ce parti n’ont eu lieu qu’en juillet dernier. De plus, le procureur a demandé que le Premier Ministre Recep Erdogan, le Président Abdullah Gul et 69 autres politiciens de premier plan soient bannis de la vie politique durant cinq ans.

Il ne fait pas de doutes qu’interdire l’AKP déclenchera une crise politique nuisible aux efforts de la Turquie de rejoindre prochainement l’Union européenne et à sa forte croissance économique. Il ne faut donc pas prendre la menace du procureur à la légère, d’autant plus que la Cour constitutionnelle a interdit 18 partis politiques (dont le prédécesseur de l’AKP) depuis l’adoption de la constitution actuelle en 1982. En fait, cet appel est directement lié à la volonté de changer la Constitution turque.

Les accusations du procureur laissent entendre que l’AKP porte atteinte à la laïcité. Or, les origines mêmes de la Constitution actuelle et sa définition de la laïcité sont fort douteuses.

En effet, celle-ci a été adoptée en 1982 à l’issue du coup militaire de 1980. Les cinq généraux à l’origine du putsch ont désigné, directement ou  indirectement, les 160 membres de l’assemblée consultative qui a rédigé la nouvelle constitution et maintenu leur veto sur le document final. Lors du référendum national de ratification, les citoyens étaient autorisés à voter contre le projet soutenu par les militaires, mais non de parler publiquement en sa défaveur.