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Europe : Manifeste pour le changement

LONDRES – Interpréter le résultat d'une élection, notamment en cas de faible participation, est toujours délicat. Dans le cas des récentes élections au Parlement européen, les résultats sont hétérogènes. C'est en Italie qu'ils sont le plus spectaculaire. Le parti pro-européen et réformiste du Premier ministre Matteo Renzi a remporté plus de 40% des suffrages. En Allemagne les chrétiens-démocrates de la chancelière Angela Merkel arrivent en tête et les sociaux-démocrates ont réalisé un bon score. Dans certains cas, la politique intérieure a joué un rôle décisif dans le choix des électeurs.

Mais on ne peut ignorer la victoire du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et celle du Front National en France, ainsi que le succès de partis explicitement hostiles au statu quo à travers le continent. Cela traduit une profonde inquiétude, un manque de confiance et une désaffection à l'égard des institutions de l'UE et des principes de base de la construction européenne.

Aussi l'UE doit-elle considérer soigneusement la direction qu'elle va prendre, ce qu'elle va faire pour se mettre véritablement à l'écoute des citoyens et concrétiser les idéaux européens dans un monde en plein changement. L'indifférence à l'égard du score de l'extrême-droite du fait que la majorité reste pro-européenne est une attitude dangereuse. Même les plus fervents partisans de l'Europe estiment qu'un changement est nécessaire.

Beaucoup de facteurs se combinent pour augmenter le nombre et la complexité des défis auxquels l'Europe est confrontée, ainsi que l'incertitude quant à sa capacité à y faire face. On y trouve la grande ambition d'une monnaie unique plombée dès le début par un défaut de conception, et la crise financière qui sont en partie à l'origine de la crise de la dette souveraine. Il faut aussi compter avec l'élargissement de l'UE de 15 à 28 membres en une décennie - décennie marquée par une évolution rapide en matière de technologie, de commerce et de géopolitique.