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La tempête approche.

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La crise financière de type 2007-2008 peut-elle se reproduire?

J'ai eu souvent l'occasion, y compris dans ces colonnes (Juillet 2009, Avril 2010), de dire mon inquiétude sur l'insuffisance des conclusions, et par conséquent des décisions consécutives aux trois réunions du G20. On a quelque peu intensifié les ratios de sécurité, mais pour les banques seulement, et on ne les a pas étendus aux autres opérateurs sur les marchés. Rien ne borne, toujours, le champ illimité des marchés « virtuels» c'est à dire des marchés de produits dérivés déconnectés de tous contrats d'économie réelle, et rien n'est fait non plus pour limiter la propension des grandes banques, surtout la FED américaine, à inonder le monde d'un volume hallucinant de liquidités créées pour la spéculation et totalement étrangères à toute orientation vers l'investissement. Il n'y a donc aucun frein à ce que se reproduisent des bulles financières de même nature que celle qui explosa en 2007-2008. Les paradis fiscaux n'ont guère perdu de leur ampleur ni naturellement de leur anarchique volatilité. Le léger renforcement des autorités de contrôle ou de régulation bancaires qui est tout de même intervenu n'est en rien à la hauteur des enjeux. Et surtout les gouvernements ont refusé de rétablir la séparation absolue entre banques de dépôts et banques gérant des risques, qui serait la seule mesure capable de nous prémunir assez largement contre le déferlement de trillions de dollars dans un tsunami financier que pourrait provoquer n'importe quelle explosion d'une bulle sectorielle.

Autre chose s'est ajouté. On a en 2008 empêché la transformation d'un krach boursier en récession grâce à la transformation partielle de la dette privée menacée en dette publique. Ce coup génial a réussi, mais il n'est en aucun cas refaisable, et il est en partie à l'origine de la nouvelle crise qui menace, celle de la dette publique. Le traitement par nos états de la crise n'est de loin pas le seul élément qui ait contribué à l'émergence de cette crise de la dette publique. Depuis plus de vingt ans en effet la dominance nouvelle du capitalisme financier sur les économies contemporaines a mis les états en situation de devoir emprunter massivement. Une des règles du nouveau jeu établie un peu partout dès les décennies 70 et 80, fut l'interdiction faite aux banques centrales d'émettre la monnaie. Cette idée dangereuse, émise en France par Jacques Rueff dès 1958, généralisée en Europe dans les 20 ans qui suivirent, avait pour objet de limiter la propension des économies capitalistes à patiquer l'inflation dès qu'elles étaient en plein emploi. Mais elle eut surtout ce résultat terrifiant d'obliger les états à emprunter aux taux du marché de la monnaie émise par les banques privées pour assurer leur trésorerie, créant ainsi un puissant freinage à l'investissement public, un énorme flot de dépense publique nouvelle et irrépressible et une gigantesque rente de situation pour l'appareil bancaire privé. Aucune société d'économie de marché n'a trouvé, ni n'a même cherché à définir le volume relatif nécessaire de l'Etat dans le PIB pour assurer un niveau satisfaisant de services publics, sauf peut être les quatre nations scandinaves. C'est ainsi qu'on est arrivés, avant la crise de 2008, à une dette publique comprise entre 50 et 100 % du PIB en Europe et dépassant 100 % aux USA. Le traitement de la crise de 2008 a tout aggravé.