9

La taxation est-elle à l’origine de la crise financière ?

CAMBRIDGE – Lorsque la crise financière a éclaté en 2008, de nombreux observateurs l’ont imputée en grande partie au fait que trop d’entreprises financières avaient contracté trop de dettes par rapport à leur mince couche de fonds propres. La raison en est simple : alors que les fonds propres peuvent absorber une baisse d’activité – les profits chutent, mais l’entreprise ne fait pas immédiatement faillite – les dettes sont moins indulgentes, parce que les créanciers n'attendent pas pour être payés. Les créanciers de court terme reprennent leur cash ou refusent de refinancer leurs prêts, refusant d’octroyer du crédit aux entreprises fragilisées financièrement. Les créanciers de long terme exigent d'être « guéris » et engagent des poursuites. Privée de cash, l'entreprise fait faillite.

Les entreprises financières aux États-Unis paient environ 34% de leurs profits en impôts et, étant donné qu’elles peuvent déduire les intérêts payés aux créanciers de leur revenu imposable, les fonds propres ne sont pas imposés aussi favorablement. La plupart des pays ont des préférences fiscales similaires qui favorisent les dettes par rapport aux fonds propres, ce qui encourage les sociétés financières et autres à recourir davantage aux dettes, comme les analystes financiers le savent depuis longtemps.

Et pourtant, l'argument selon lequel cette préférence fiscale pour la dette a joué un rôle dans la crise financière – et qu’elle demeure actuellement un risque pour la stabilité financière – a été rapidement rejeté. Après tout, cette préférence fiscale existe depuis longtemps, et rien ne l’a renforcée avant que la crise ne frappe. Au contraire, si évolution il y a eu, la préférence fiscale pour la dette a plutôt légèrement diminué au fil du temps. De plus, la crise est très clairement liée à l'explosion de créances hypothécaires risquées aux Etats-Unis ; lorsque le marché a brusquement réalisé que ces créances ne pouvaient être remboursées dans leur intégralité, de nombreux établissements financiers d'importance systémique ont subitement été considérés comme beaucoup plus faibles qu’auparavant. Se sont ensuivies des conséquences économiques catastrophiques.

Tout cela est vrai mais, compte tenu de la possibilité d'une révision majeure de la fiscalité des entreprises américaines, proposée par le président Barack Obama, il serait bon de réexaminer la sagesse conventionnelle en ce qui concerne le soi-disant faible lien entre fiscalité des entreprises et crise financière. En effet, à mon avis, les décideurs, les universitaires et les médias ont rejeté de manière trop catégorique l'idée que la fiscalité des entreprises a joué plus qu'un rôle mineur.