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Les ennemis utiles du marché des produits dérivés

CHICAGO – Le lancement de deux enquêtes par les autorités antitrust européennes sur le marché des dérivés sur évènements de crédits (« Credit Default Swaps », ou CDS) ressemble bien à une vengeance politique contre un des coupables présumés de la crise de la dette souveraine européenne de 2010. La perception négative partagée par la majorité de la population (particulièrement en Europe) à propos des CDS a certainement joué un rôle important. Et puis, les entreprises étrangères et faibles politiquement sont souvent les cibles préférées des mesures coercitives.

Par exemple, le premier cas de délit d’initié jugé en Russie après la chute du communisme fut à l’encontre d’une entreprise américaine. De même, les autorités antitrust de l’Union Européenne se sont montrées plus dures avec Microsoft qu’avec beaucoup d’entreprises européennes.

Ceci dit, l’existence de motifs politiques n’enlève pas la légitimité des nouvelles enquêtes de l’UE, qui seront d’ailleurs menées en parallèle à une investigation du Département de la Justice des Etats-Unis concernant des pratiques anticoncurrentielles de vente, compensation et fixation du prix des CDS aux USA. En fait, le biais idéologique des Européens contre les CDS pourrait être bénéfique à long terme pour le développement d’un meilleur marché des CDS, et des produits dérivés en général.

En effet, le marché des produits dérivés est aujourd’hui oligopolistique, avec quelques banques bénéficiant d’énormes marges bénéficiaires. Et, peu importe les motifs politiques derrières les récentes enquêtes, cette concentration du marché est un réel problème. D’après une étude de 2009 réalisée par la Banque Centrale Européenne, les cinq dealers de CDS les plus importants étaient partie à presque la moitié de l’encours total des montants notionnels, alors que les dix plus gros dealers représentaient 72% des ventes. Et la situation des autres marchés dérivés n’est guère meilleure.