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L'Allemagne Oublie l'Europe

Ces dernières années, toute une séquence de décisions m'avaient alarmé. La première série visait le maintien absolu de l'unanimité pour prendre, au sein de l'Union Européenne, toute décision de politique étrangère ou d'usage de forces armées à des fins autres qu'humanitaires (Maastricht, Amsterdam, Nice, projet constitutionnel et Traité de Lisbonne). Moyennant quoi l'Europe n'a toujours pas de politique étrangère commune. La seconde fut le néfaste étranglement du Budget Communautaire dans le carcan de 1% du PIB européen, qui interdisait toute politique commune nouvelle pour 7 ans (je crois me souvenir que c'était en 2004). La troisième concernait les deux vetos britanniques successivement opposés à Deharne puis Juncker, pour la Présidence de la Commission Européenne, pour éviter tout homme de caractère et y avoir quelqu'un de plus malléable. J'avais alors proclamé la mort de l'Europe politique, me faisant véhémentement critiquer par beaucoup de mes propres amis.

Le besoin d'Europe pourtant se faisait de plus en plus criant. Comment imaginer en effet une lutte mondiale efficace contre l'effet de serre, ou l'adoption de nouvelles règles financières mondiales pour éviter les dérives qui ont mis le monde en crise, ou encore la difficile négociation commerciale pour assurer pacifiquement sa place à une Chine pesant bientôt 20% des échanges mondiaux sans pour autant casser les reins aux économies développées, si une Europe unie et puissante n'y met pas tout son poids avec une cohésion sans faille.

Ces enjeux pour moi ne sont pas des rêves, ce sont des nécessités absolues, mais pour le long terme naturellement.

L'arrivée de la grande crise bancaire, financière et économique où nous sommes toujours n'a pas arrangé les choses. L'Irlande, de loin la plus large bénéficiaire de l'appartenance à l'Union Européenne et de ses règles, quand elle fut frappée très tôt et très profondément par la crise bancaire, a eu comme première réaction un réflexe parfaitement antieuropéen.