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Quatre moments clés sur le cannabis

MEXICO – L'Amérique latine et les États-Unis ont connu ce que l'on pourrait appeler une série de « moments clés sur le cannabis » au cours des dernières semaines. Etant donné le soutien croissant dans la lutte pour mettre fin à des décennies absurdes et sanglantes de « guerre contre la drogue », ces avancées vers la décriminalisation et la légalisation méritent d'être relevées.

Le premier moment a eu lieu lors de l'Assemblée Générale du sommet annuel de l'Organisation des États Américains (OEA), qui s'est tenu à Antigua au Guatemala début juin 2013. Le Secrétaire général de l'OEA, José Miguel Insulza, a présenté un rapport intitulé « Le problème de la drogue aux Amériques », en réponse à la demande des chefs d'Etat de la région lors du sommet des Amériques à Carthagène en Colombie l'année dernière.

Le rapport a été rédigé par des experts de presque tous les États membres de l'OEA et a été divisé en deux parties : une excellente partie analytique et un chapitre bref et assez exaspérant consacré à des comptes rendus prospectifs. Le document lui-même représente un tournant décisif, qui fournit les éléments nécessaires à une discussion scientifique et empirique sur une question trop souvent abordée en des termes idéologiques.

Le rapport analyse le problème de manière convaincante : par pays (producteurs, de transit, consommateurs, ou ceux qui sont tout cela à la fois) ; par substances (cannabis, cocaïne, héroïne et drogues de synthèse) ; par liens entre ces substances illicites ; et enfin par les conséquences de la consommation, de la production ou du commerce de chaque drogue pour les sociétés, les institutions et les relations internationales. Le rapport indique aussi explicitement que la dépénalisation de la consommation du cannabis est une option légitime, raisonnable et réalisable, même si elle ne recommande pas une telle politique. Ce n'est qu'une première étape, mais elle est considérable.