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La renaissance politique du Pakistan

LAHORE – Les institutions pakistanaises se transforment rapidement. Maintenant que le pouvoir exécutif est de plus en plus aux mains de représentants élus, au lieu d’être dispersé entre diverses institutions qui se font concurrence,  le pouvoir politique a été régénéré et le gouvernement a pris trois mesures importantes pour renforcer la démocratie et l’État de droit. Le Pakistan, longtemps enclin aux coups d’État militaires, est-il enfin sur le point de se doter d’un système politique efficient ?

Le 27 novembre, le président pakistanais Mamnoon Hussain – agissant sur conseil du Premier ministre, comme le prévoit la constitution – a annoncé que le général Raheel Sharif succédera au général Ashfaq Parvez Kayani comme chef d’État-major de l’armée, bien que Sharif ne figurait pas au nombre des favoris de l’establishment militaire. Contrairement à Kayani – qui a dirigé les services de renseignement pakistanais (ISI) – Sharif n’a occupé aucune des fonctions qui préparent traditionnellement à diriger l’institution la mieux financée et la plus influente du Pakistan.

Ce n’est pas le premier geste de défi du Premier ministre Nawaz Sharif envers le pouvoir militaire. Quelques jours auparavant, il avait demandé à la Cour suprême de nommer un tribunal spécial de trois juges pour enquêter sur l’accusation de trahison pesant sur l’ancien président pakistanais, le général Pervez Musharraf, pour avoir imposé l’état d’urgence et suspendu la constitution en novembre 2007.

Cette décision, qui d’après Musharraf avait pour objectif de stabiliser le pays et d’enrayer la progression des extrémistes islamistes, s’est accompagnée de la révocation de dizaines de juges des Hautes Cours provinciales et de la Cour suprême, dont son président Ifthikhar Muhammad Chaudry.