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Sagesse et absurdité du droit de se défendre

Si le patriotisme est, comme le suggérait Samuel Johnson, le dernier refuge du gredin, alors le droit de se défendre est le dernier refuge d'un agresseur. La justification du droit de se défendre se pose avec empressement sur les lèvres du paranoïaque aussi bien que sur celles de ceux qui souhaitent raisonnablement se défendre contre une attaque imminente. La raison avancée pour l'invasion prévue de l'Irak par l'Amérique est, bien sûr, le droit de se défendre, soit le besoin de se protéger soi-même, et ses alliés, contre l'utilisation éventuelle d'armes de destruction massive de la part de Saddam Hussein.

Mais prétendre au droit de se défendre se justifie aussi par des proclamations moins honorables. Timothy McVeigh, l'homme qui plaça une bombe ayant tué 168 personnes en 1995 à Oklahoma City, croyait défendre la Constitution américaine contre un gouvernement fédéral hostile. Yigal Amir croyait défendre Israël contre un premier ministre prêt à rendre des terres sacrées à l'ennemi quand il assassina Yitzak Rabin quelque temps plus tard, cette même année.

Les auteurs d'actes violents admettent rarement que leurs actes ne sont que des agressions pures et simples plutôt que des actes se posant en défense de la vie, de la liberté ou de tout autre principe important. Existe-t-il une frontière sensée entre la sagesse et l'absurdité dans cet appel au droit de se défendre ? C'est aux hommes de loi qu'il revient de chercher cette ligne de partage, car si nous baissons les bras devant ces arguments rhétoriques mis en avant par les hommes d'État et les paranoïaques, la distinction entre agression et droit de se défendre disparaîtra.

L'ONU a essayé de délimiter la portée du droit de se défendre, mais va trop loin en permettant aux États de recourir à la force dans l'unique cas "d'une attaquée armée". Cela n'a pas de sens parce que les États doivent également garder le droit de se défendre contre les attaques imminentes .