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Comment je me souviens de Robert McNamara

NEW YORK – J’ai rencontré Robert McNamara, le secrétaire d’État américain à la Défense responsable de l’escalade militaire au Viêt Nam, pour la première fois dans le courant de l’été 1967. Je revenais juste d’un voyage au Viêt Nam du Sud, où en qualité de journaliste pour le magazine The New Yorker , j’avais assisté à l’annihilation de deux provinces, Quang Ngai et Quang Tinh, par l’aviation américaine.

La ligne politique américaine était claire. Les tracts largués au-dessus des villages disaient : « Les Vietcongs se cachent parmi les femmes et les enfants innocents dans vos villages… Si les Vietcongs dans cette région vous utilisent, vous ou votre village, pour se cacher, vous devez vous attendre à la mort venue du ciel ».

Et en effet, la mort est venue du ciel. Après quoi, de nouveaux tracts étaient largués, informant les villageois que « votre village a été bombardé parce que vous hébergiez des Vietcongs… votre village sera à nouveau bombardé si vous aidez les Vietcongs de quelque manière que ce soit ».

Dans la province de Quang Ngai, près de 70 pour cent des villages furent détruits. J’avais 23 ans à l’époque et une idée plutôt vague de ce qu’était un crime de guerre ; mais plus tard, il m’est clairement apparu que c’était précisément ce que dont j’avais été témoin. (Cinq mois plus tard, en mars 1969, les troupes américaines perpétraient le massacre de My Lai).