18

Obama se joint au chœur grec

PRINCETON – Il est remarquable que le président des États-Unis Barack Obama ait récemment lancé un appel pour que soit assoupli le carcan d’austérité imposé à la Grèce ; tout comme son appui à la position de négociation du gouvernement grec récemment élu à l’égard de ses créanciers institutionnels. Les commentaires d’Obama représentent une rupture avec la traditionnelle discrétion officielle des États-Unis observée à l’égard des affaires monétaires de l’Europe. Même si des spécialistes américains ont souvent dénoncé les politiques de l’union monétaire européenne, les instances gouvernementales sont toujours restées muettes sur le sujet.

Les critiques de l’euro ou de son mode de gestion courent le risque d’être rejetées, car jugées trop Anglo-saxonnes ou pis encore, anti-européennes. La première ministre britannique Margaret Thatcher avait justement prévu l’absurdité d’une union monétaire européenne. Gordon Brown, alors chancelier de l’Échiquier de la Grande-Bretagne, a adopté la même ligne de pensée que Thatcher. Beaucoup d’Européens l’ont raillé lorsque son personnel politique présentait des dossiers très fouillés sur toutes ces bonnes raisons de ne pas adhérer à l’euro.

Voilà pourquoi la déclaration d’Obama était comme une bouffée d’air frais. Elle est venue un jour après la déclaration de la chancelière de l’Allemagne Angela Merkel voulant que la Grèce ne s’attende pas à un allégement de la dette, car le plan d’austérité serait maintenu. Pendant ce temps, après quelques jours de menaces à peine voilées, la Banque centrale européenne se préparait à réduire le financement aux banques grecques. En fait, il semble que les garants de la stabilité financière font tout pour amplifier les effets déstabilisateurs des retraits bancaires massifs.

L’incursion d’Obama dans le débat intellectuel insulaire de l’Europe est d’autant plus remarquable que le Fonds monétaire International opinait dans le même sens que l’orthodoxie imposée par l’Allemagne. Alors qu’elle était directrice générale du FMI, Christine Lagarde déclarait au Irish Times : « Une dette est une dette et constitue un contrat. Les défaillances, les restructurations, les modifications des conditions portent à conséquence ».