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La renaissance du Rwanda

KIGALI – Il y aura 20 ans cette semaine qu'a commencé le génocide contre les Tutsis du Rwanda, la plus efficace et la plus brutale de toutes les folies meurtrières de l'histoire. Sous les yeux de la communauté internationale (qui aurait pu intervenir, mais qui n'a pas voulu le faire) plus d'un million de personnes, Tutsis ou d'autres origines, qui ont tenté de s'opposer aux atrocités ont été massacrées. De nombreux membres de ma propre famille en font partie.

Cet anniversaire est un traumatisme pour le Rwanda, pourtant nous devons aux victimes, aux survivants ainsi qu'à nous-mêmes de reconnaître avec honnêteté les événements de 1994. Le génocide contre les Tutsis n'était ni tout à fait imprévu, ni spontané. Ce n'était pas une explosion sauvage d'un tribalisme africain inné. Il a résulté d'une campagne méthodiquement orchestrée par l'État pendant des décennies pour déshumaniser les Tutsis, en vue de renforcer son pouvoir.

L'idéologie raciste importée, qui a favorisé la haine et qui a permis le génocide, est une toxine délibérément injectée dans le sang du Rwanda. Elle a mis ce pays à genoux. Elle a menacé la viabilité de notre État-nation. Mais elle n'a pas prévalu.

Il est impossible d'exagérer l'ampleur des défis auxquels le Rwanda a été confronté à la suite du génocide. Les institutions politiques se sont effondrées, le système judiciaire était en plein désarroi et le budget national était en lambeaux. La société civile était inexistante. La population était traumatisée et avait peur. Le territoire rwandais subissait l'assaut perpétuel de milices génocidaires qui cherchaient à « terminer le travail. »