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Amérique latine : l'intégration est en panne

SANTIAGO – On considère généralement l'intégration régionale comme un moyen de se renforcer pour les pays participants. Mais les efforts d'intégration régionale auxquels on assiste aujourd'hui en Amérique latine ont un tout autre objectif, ils sont instrumentalisés par les dirigeants dans leur lutte pour le pouvoir, que ce soit au niveau régional ou au-delà sur la scène internationale.

Aucune des initiatives actuelles en faveur de l'intégration régionale de l'Amérique latine ne peut être comparée à l'intégration européenne. On ne peut pas non plus les considérer comme l'amorce d'une destinée commune, à la manière de la Communauté européenne du charbon et de l'acier de 1952 qui a été le premier pas du processus d'unification européenne.

De prime abord, le brouhaha autour des propositions d'intégration en Amérique latine donne l'impression que les présidents de la région font la course entre eux à qui en fera le plus grand nombre. Mais pendant ce temps on ne porte guère attention aux institutions régionales existantes, alors qu'elles sont en piteux état.

Prenons l'exemple du MERCOSUR (le Marché commun du Sud), la principale initiative régionale d'après-guerre. Selon l'universitaire argentin Roberto Bouzaq, le MERCOSUR est dans un état critique en raison de son incapacité à maintenir le cap sur les objectifs communs qui ont conduit les pays-membres à s'engager dans un processus d'intégration régionale, avec pour conséquence un éparpillement et l'impossibilité d'identifier les problèmes politiques sous-jacents qui devraient être prioritaires. Le même constat s'applique au Système économique latino-américain (SELA), à la Communauté des pays andins (CAN) et à d'autres organisations régionales.