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L’Amérique divisée face à l’État islamique

DENVER – Tandis que fait rage au Moyen-Orient le combat opposant l’État islamique aux forces occidentales, une lutte acharnée se dessine au sein même des États-Unis autour de la question de savoir qui est véritablement gagnant dans cette guerre. Ces derniers temps en Amérique, chaque question soulevée – quelle qu’elle soit, et où qu’elle le soit – ne tarde jamais bien longtemps à plonger dans les travers de la politique domestique polarisée du pays.

C’est ainsi que l’effort d’endiguement et de destruction de l’État islamique n’est devenu qu’un référendum de plus autour de l’efficacité avec laquelle le président Barack Obama gérerait la politique étrangère de l’Amérique. Est-il suffisamment « ferme » ? Ou, comme certains de ses opposants se plaisent à présenter la question, aime-t-il véritablement son pays ?

La puérilité du débat national ne doit pas éclipser la gravité de la crise. Pour l’heure, le principal objectif de l’État islamique consiste à consolider son prétendu califat, ainsi qu’à poursuivre l’effort sanglant et obsessionnel visant à contraindre tous ses sujets à vivre selon son règne. L’idéologie du groupe révèle toutefois un projet beaucoup plus ambitieux, débutant par une guerre contre des peuples chiites voisins qui, considérés comme apostats, méritent par conséquent la mort. Il n’est pas de demi-mesure dans la vision que se fait l’État islamique du monde ; son interprétation du Coran ne le lui permet pas.

L’État islamique n’acquerra sans doute jamais cette présence mondiale à laquelle ses chefs aspirent ; probablement parviendra-t-il en tout et pour tout à établir un contrôle sur quelques terres désertiques de Syrie et d’Irak. Son emprise sur le monde arabe n’en demeure pas moins profonde, notamment auprès d’une jeune génération ayant perdu tout respect et tout espoir dans les autorités séculières de la région. Beaucoup de jeunes musulmans, y compris en Occident, se révèlent extrêmement réceptifs à la propagande habile et efficace de l’État islamique.