Paul Lachine

Assez suffisant ?

LONDRES – La crise économique a entrainé une explosion de colère populaire contre la « cupidité » insatiable des banquiers et leurs bonus « obscènes ». Plus largement, cette colère est l’expression d’une critique du growthmanship, qui traduit une croissance économique effrénée ou l’accumulation de richesse à n’importe quel prix, sans considération aucune pour les dommages que cela peut causer à notre environnement et à nos valeurs partagées.

John Maynard Keynes s’est penché sur cette question en 1930 dans son essai intitulé « Possibilités économiques pour nos petits enfants. » Keynes prédisait alors qu’un siècle plus tard, soit en 2030, la croissance des pays développés s’arrêterait effectivement car les individus en « auraient assez » de mener « une vie agréable ». La semaine de travail ne serait plus que de trois jours, soit 15 heures hebdomadaires. Les êtres humains seraient un peu comme des « fleurs des champs, qui ne travaillent pas ni ne virevoltent. »

Keynes avançait l’hypothèse suivante : moyennant une augmentation annuelle du capital de 2%, une augmentation de la productivité de 1%  et une démographie stable, le niveau de vie serait multiplié par 8 en moyenne. Ceci nous donne une idée de ce que Keynes considérait comme « satisfaisant. » Le PIB par habitant en Grande Bretagne à la fin des années 1920 (avant le crash de 29) était approximativement de £5 200 ($8700) en valeur actualisée. De même, il estimait qu’un PIB par habitant d’approximativement £40 000 ($66 000) serait « suffisant » pour que les êtres humains consacrent leur temps à des activités plus agréables.

To continue reading, please log in or enter your email address.

Registration is quick and easy and requires only your email address. If you already have an account with us, please log in. Or subscribe now for unlimited access.

required

Log in

http://prosyn.org/7iq8UVV/fr;