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Lorsque grimperont les taux d’intérêt

CAMBRIDGE – Les taux d’intérêt à long terme ont aujourd’hui atteint un niveau si bas que cela en devient intenable, créant des bulles dans le prix des obligations et celui d’autres titres. À mesure que les taux d’intérêt augmenteront, ce qui est inévitable, ces bulles éclateront, le prix de ces titres chutera, et quiconque en sera détenteur finira par en faire les frais. Sachant que ces titres sont détenus par nombre de banques et autres institutions financières à fort effet de levier, l’éclatement de ces bulles pourrait bien entraîner faillites et effondrement des marchés financiers.

Le taux d’intérêt extrêmement bas des bons du Trésor américain est une claire illustration de la mauvaise tarification des actifs financiers qui se joue actuellement. Un bon du Trésor à dix ans présente un taux d’intérêt nominal de moins de 2%. Dans la mesure où le taux d’inflation s’élève également à 2 %, ceci signifie un taux d’intérêt réel négatif, ce que confirme le taux d’intérêt de -0,6% relatif aux titres du Trésor protégés contre l’inflation (TIPS) à dix ans, qui ajustent le paiement des intérêts et du capital en fonction de l’inflation.

Historiquement, le taux d’intérêt réel sur les bons du Trésor à dix ans dépasse généralement 2% ; ce taux se situe ainsi aujourd’hui deux points de pourcentage en dessous de sa moyenne historique. Or, ces taux historiques ont jusqu’à présent été constatés sur des périodes caractérisées par des déficits budgétaires et une dette fédérale bien inférieurs à ceux d’aujourd’hui. Sachant qu’il est prévu que les déficits budgétaires représentent 5% du PIB d’ici la fin de la décennie à venir, et compte tenu d’un ratio dette/PIB qui a pratiquement doublé ces cinq dernières années et qui continue de croître, le taux d’intérêt réel sur les bons du Trésor devrait être sensiblement supérieur à ses niveaux passés.

La raison du niveau insoutenablement bas des taux d’intérêt à long terme actuels n’est pas un mystère. La politique d’ « achat d’actifs à long terme » adoptée par la Réserve fédérale, également qualifiée d’ « assouplissement quantitatif, » a volontairement maintenu les taux d’intérêt à long terme à un faible niveau. La Fed achète chaque mois pour 85 milliards $ d’obligations du Trésor et de titres hypothécaires à long terme, ce qui représente 1 020 milliards $ chaque année. Dans la mesure où ceci excède la taille du déficit public, cela signifie que les marchés privés n’ont besoin d’acheter aucune des dettes gouvernementales nouvellement émises.