4

La crise et les nouvelles inégalités

PRINCETON – Depuis le début, les réactions politiques à la crise financière de 2008 sont colorées par le souvenir et les interprétations de la Grande dépression. On croit souvent que le monde a évité une répétition de la catastrophe d'entre-deux-guerres, parce que cette fois-ci les responsables politiques auraient pris les bonnes décisions. Alors que la tendance est à célébrer la reprise, deux caractéristiques du redémarrage d'après-crise devraient modérer l'autosatisfaction.

Tout d'abord, malgré une politique d'expansion monétaire sans précédent et des mesures de stimulation budgétaire de grande ampleur, le redémarrage reste des plus fragiles. Dans la zone euro, la crise de la dette a provoqué une forte contraction budgétaire accompagnée d'un retour vers la récession. Et même aux USA, malgré une forte stimulation budgétaire initiale, dans le futur prévisible le taux de croissance à long terme va probablement rester nettement en dessous de son niveau de pré-crise.

La reprise anémique n'est pas sans rappeler les années 1930, lorsque des économistes réputés, dont Keynes et son principal disciple américain, Alvin Hansen, décrétèrent que le monde entrait dans une phase de "stagnation séculaire". Selon eux, l'élan et le dynamisme dus à la Révolution industrielle s'épuisaient, sans que rien ne les remplace pour entretenir la croissance économique.

La seconde caractéristique du monde d'après-crise est encore plus inquiétante. Beaucoup de pays ont réagi à la Grande dépression par une politique visant à réduire les inégalités de patrimoines et de revenus. C'est pourquoi vers le milieu du 20° siècle, les inégalités socioéconomiques qui caractérisaient les pays industrialisés semblaient s'atténuer. Mais depuis 2008, les inégalités déjà à la hausse avant la crise financière se creusent encore davantage. Or cela tient essentiellement aux mesures si souvent vantées parce qu'elles sont supposées éviter une nouvelle Grande dépression. La politique monétaire non conventionnelle a alimenté un boom des actifs, avec le prix des actions à la hausse et ceux de l'immobilier dans des centres économiques comme New-York, Londres, Paris, Rio de Janeiro et Shanghai qui mettent hors jeu les acheteurs potentiels sur le plan national.