41

La menace de l'allègement de la dette grecque

BERLIN – À l'heure où la crise économique de la Grèce fait toujours rage, certaines personnalités reconnues, allant du prix Nobel d'économie Paul Krugman à certains personnages officiels comme le Secrétaire du Trésor américain Jack Lew, appellent à des modalités de sauvetage plus clémentes et à un allégement de la dette. Même le Fonds Monétaire International (qui parmi d'autres bailleurs de fonds européens a fourni à la Grèce un financement d'urgence), a récemment apporté son soutien à cet appel. Mais une telle approche peut-elle vraiment être le remède miracle pour guérir la crise de la Grèce ?

La réponse courte est non. Alors que la dette publique de la Grèce est indéniablement élevée (et que les preuves abondent selon lesquelles un endettement élevé peut freiner la croissance économique), le pays est confronté à des chutes de croissance encore plus fortes, ainsi qu'à des faiblesses structurelles et à la stratégie de la corde raide en politique, qui doivent être traitées en priorité.

En fait, la Grèce dépendra probablement de financements concessionnels en provenance de sources officielles dans les années à venir : un financement conditionné en fonction des réformes et non des taux d'endettement. L'encours nominal de la dette grecque ne sera à l'ordre du jour qu'une fois que le pays reviendra sur les marchés obligataires et sera soumis aux conditions d'emprunt non plus concessionnaires, mais à ceux du marché. Dans l'intervalle, la Grèce doit mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires pour rétablir des perspectives de croissance à long terme du pays et donc renforcer sa capacité à rembourser ses créanciers, sans une réduction importante de la dette nominale.

Mais il y a une autre raison critique pour laquelle l'allègement de la dette n'est pas la réponse. Et elle se situe dans l'architecture politique de l'union monétaire européenne. Parce que la zone euro est dépourvue d'un organe central d'administration fort, les politiques de crise proviennent d'un processus politique au sein duquel chacun des 19 États membres a un droit de veto. Pour qu'un système aussi complexe puisse fonctionner, les décisionnaires de la zone euro doivent pouvoir se faire confiance pour se comporter d'une manière particulière. Et cela exige un cadre normatif et réglementaire commun.