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Une nouvelle géopolitique pour l’Europe

BERLIN – Avec la conquête militaire et l’annexion de la Crimée, et la guerre subséquente en Ukraine orientale, le président russe Vladimir Poutine a clairement fait comprendre qu’il n’avait aucune intention de respecter l’inviolabilité des frontières et la primauté des instruments juridiques internationaux. Il est temps que les Européens cessent de prendre leurs désirs pour des réalités et de croire à un ordre continental régi par l’État de droit. Ce n’est, malheureusement, pas le cas. Le monde est bien plus dur et le pouvoir fait la loi.

L’intervention militaire de la Russie en Syrie et la crise des réfugiés en Europe soulignent cet état de fait. L’Europe doit se rendre compte qu’à défaut de prendre soin de ses intérêts géopolitiques, elle sera tôt ou tard confrontée aux crises en cours dans ses régions limitrophes.

Contrairement aux États-Unis, l’Europe n’est pas une île continentale protégée par des océans. Elle est la pointe occidentale de la gigantesque masse terrestre eurasiatique. L’Europe de l’Est, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont ses régions contiguës immédiates et au XXIe siècle, ce voisinage instable présente le plus grand risque de sécurité pour l’Europe.

Comment l’Europe doit-elle se comporter face à une Russie qui a renoué avec le jeu politique des grandes puissances et qui répète plus ou moins les mêmes erreurs que l’Union soviétique, qui avait aussi eu recours en son temps à l’autoritarisme pour tenter de concilier les ambitions d’une superpuissance militaire avec la réalité d’une économie modérément développée et à peine modernisée ?