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Du Caire à la Californie

SINGAPOUR – L’Égypte et la Californie adoptent des voies politiques opposées. L’Égypte a trop peu connu la démocratie et s’engage vers plus de celle-ci. La Californie en a trop eu et est sur le point de la limiter. Le point médian auquel ils devraient parvenir est une démocratie qui engendre un bon gouvernement – et je veux dire « gouvernement » et non pas une espèce de « gouvernance » mollassonne.

Le principe de « gouvernement » est diabolisé depuis des décennies. On se souvient des mots de Ronald Reagan qui prétendait  que « le gouvernement n’est pas la solution à notre problème ; le gouvernement est notre problème. » Mais Ronald Reagan n’était seulement que le plus éloquent porte-parole de ce Zeitgeist. Il n’en est pas l’auteur ; des décennies de théorie du laissez-faire et de prosélytisme le sont.

Faisant suite à une explosion de programmes gouvernementaux dans les années 60, les principaux leaders d’opinion et hommes politiques américains ont développé l’idée selon laquelle le meilleur principe de gouvernement est le moins de gouvernement. Reagan s’est emparé de cette idée, rappelant les mots célèbres du philosophe chinois du sixième siècle avant Jésus-Christ, Lao Tsu : « Gouverner une grande nation est comme cuisiner un petit poisson : à trop le manipuler, on l’abime. »

Deux dangereux corollaires sont nés de cette vision. Le premier est la conviction que les impôts sont mauvais par essence et donc que la seule solution à n’importe quel problème d’ordre public est de les réduire. De nombreux impôts ont été réduits à l’initiative des électeurs en Californie, démontrant les conséquences dramatiques de trop de démocratie.