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La Menace française contre l'unité européenne

À la fin du sommet européen de Bruxelles lundi dernier, organisé pour combattre la scission grandissante au sein des pays de l'Union Européenne en matière de politique communautaire envers l'Irak, le président de la France, Jacques Chirac, a commis un faux pas diplomatique équivalent aux remarques sournoises du Secrétaire à la défense américaine Donald Rumsfeld à propos de « la vieille et la nouvelle Europe ». M. Chirac a réprimandé les pays candidats à l'Union Européenne pour leur comportement irresponsable quand ils ont exprimé leur soutien vis-à-vis de l'effort américain pour désarmer l'Irak de force si nécessaire.

Le président français a accusé les pays candidats « d'infantilisme » et a déclaré qu'ils auraient dû consulter l'Union Européenne avant toute chose ou garder le silence. Il a également suggéré que ces pays mettaient en danger leur chance de rejoindre l'Union Européenne.

Mais c'est l'Union Européenne elle-même qui est mise en péril par l'éclat de M. Chirac. Nombreux sont ceux qui, dans les pays candidats, sont convaincus depuis longtemps que leurs pays ne seront pas admis au sein de l'Union Européenne en égaux. Leurs objections vont des subventions agricoles moindres pour les pays candidats aux nouveaux mécanismes de prise de décision au sein de l'Union Européenne adoptés au sommet de Nice il y a deux ans. Beaucoup voit ce mécanisme comme le renforcement du pouvoir des pays membres les plus importants au détriment des pays les plus petits.

L'opinion publique dans certains pays était déjà ambivalente au sujet de l'Union Européenne avant même les remarques de M. Chirac. Aujourd'hui, les sentiments anti-Union Européenne pourraient très bien se renforcer. Même les inconditionnels de l'entrée dans l'Union Européenne pourraient très bien penser que leurs pays ne sont pas traités en égaux si on les intimide à cause de leurs opinions différentes de celles des pays les plus grands. En tout état de cause, M. Chirac vient de fournir aux eurosceptiques de nouvelles munitions pour cibler le « non » pour le référendum à venir dans les pays candidats plus tard cette année.