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Des ONG internationales gagnantes

MELBOURNE – Il semble évident depuis longtemps que bon nombre d’acteurs non étatiques ont plus d’influence sur les orientations internationales que beaucoup d’États souverains. Personne ne doute de l’impact que les grandes sociétés multinationales et les organisations terroristes pourraient avoir, bon ou mauvais. Mais le rôle d’un grand nombre d’organisations non gouvernementales internationales (ONGI) s’avère beaucoup plus important que généralement reconnu, ce qui justifie amplement l’analyse de ce qui est au cœur de leur fonctionnement.

Selon les estimations actuelles, on recense environ 40 000 ONG dont les activités sont internationales, la grande majorité d’entre elles portant principalement sur la santé, l’éducation, le bien-être, l’économie, l’industrie, l’énergie, l’environnement, les droits humanitaires, les politiques sociales et la gouvernance, ainsi que sur des questions relatives au développement. Un nombre beaucoup plus restreint, tout au plus une centaine d'ONG, œuvre surtout dans des domaines liés à la paix et la sécurité, même si des organismes axés en priorité sur les droits humanitaires comme Human Rights Watch et Amnesty International sont très influents dans ces domaines.

Ceux qui cherchent à influencer les résultats de politiques étrangères peuvent être catalogués, sans doute de manière un peu simpliste, de « penseurs », de « parleurs », ou de « meneurs ». En d’autres termes, certains groupes sont dévoués entièrement à l’analyse des problèmes, comme des instituts de recherche, ou des tribunes de politiques publiques (p. exemple le groupe de réflexion londonien Chatham House, le Council of Foreign Relations à New York, ou la Brookings Institution à Washington, DC). D’autres organismes sont fortement axés sur les campagnes de plaidoyer (comme Human Rights Watch, Enough, Kony 2012, ou Global Zero). Et finalement des organismes de terrain,  interviennent à la base dans des activités comme la médiation, le renforcement des institutions et l’instauration d’un climat de confiance (comme Search for Common Ground, la Communauté de Sant’Egidio, ou Independent Diplomat).

L’organisme avec lequel j’ai été le plus longtemps et le plus étroitement associé, l’ICG (International Crisis Group), constitue une combinaison inhabituelle des trois catégories. Il intervient sur le terrain de la même façon que la plupart des organisations opérationnelles, ce que les groupes de réflexion et les associations de défense ne font pas. L’ICG se concentre, comme les autres groupes d’analyse le font, sur l’analyse de conflits complexes et de conflits potentiels autour du monde et sur l’élaboration de solutions concrètes. L’organisme effectue aussi des campagnes pour l’adoption de ces solutions, mais moins au niveau des intervenants de la base qu’en rejoignant directement les décideurs politiques de haut niveau.