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Réparer l’euro

PARIS – En mettant sur la table, début juillet, l’option d'une sortie de la Grèce de la zone euro, le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, voulait sans doute signifier que les règles strictes qui régissent l'union monétaire doivent s'appliquer à tous ses membres. Mais son initiative a déclenché un débat bien plus large sur les principes qui sous-tendent l'euro, sur sa gouvernance et sur sa raison d’être.

Deux semaines plus tôt, les dirigeants des pays de la zone euro n'avaient guère porté attention au rapport sur l'avenir de l'euro préparé par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et ses pairs des autres institutions européennes. Mais la controverse sur l’avenir de la Grèce a convaincu beaucoup d’entre eux de la nécessité de réexaminer le fonctionnement de la zone euro. Dans le même temps, les citoyens des pays membres se demandent de plus en plus pourquoi ils partagent la même monnaie, si cela se justifie, et si leurs gouvernements vont pouvoir s’accorder sur l’avenir de leur monnaie commune.

Les mythes fondateurs importent, pour les monnaies comme pour les pays. On considère généralement que l'euro a été le prix payé par l'Allemagne en échange du consentement de Paris à sa réunification. En réalité, la réunification n'a fait qu’accélérer la mise en œuvre d'un projet conçu dans les années 1980 pour résoudre un dilemme lancinant : d’un côté, les pays européens étaient hostiles aux taux de change flottants qu'ils tenaient pour incompatibles avec un marché unique ; d’un autre, les plus grands d’entre eux, France en tête, n’imaginaient pas de se soumettre durablement à un régime monétaire dominé par la Bundesbank. Une monnaie européenne reposant sur les principes allemands est alors apparue comme la meilleure solution.

Pour l’euro, la réunification allemande a, en fait, été une malédiction davantage qu'une chance. Quand les taux de change ont été gelés en 1999, le deutschemark était surévalué alors que l'économie allemande était en difficulté, et le franc sous-évalué alors que l'économie française était florissante. Au cours de la décennie qui a suivi, un déséquilibre s'est instauré peu à peu entre une Allemagne en redressement et des pays où la faiblesse des taux d’intérêt nourrissait un boom du crédit. Et quand la crise financière mondiale a éclaté en 2008, les ingrédients d’une catastrophe ont été réunis.