3

L’oasis européen

PARIS – Se pourrait-il que les non-Européens soient nettement moins pessimistes à l’égard de l’Europe que les Européens eux-mêmes ? La distance serait-elle une condition préalable à la formulation d’un point de vue plus équilibré quant à la difficile situation du continent ?

Dans une entrevue accordée il y a quelques mois, le président de la China Construction Bank, Wang Hongzhang, a indirectement exprimé un enthousiasme tempéré vis-à-vis de l’Europe. Et, citant un proverbe chinois, « Un chameau affamé est toujours plus grand qu’un cheval, » de poursuivre en affirmant que les économies européennes seraient bien plus solides que ne le pensent bon nombre d’observateurs. Il a même sous-entendu, sans en faire part aussi explicitement, que la période était propice à investir significativement en Europe à un prix juste.

Bien évidemment, tout le monde ne partage pas cette vision optimiste. De l’autre côté de la Manche, les eurosceptiques britanniques se réjouissent d’avoir gardé leurs distances avec ce véritable « navire en perdition. » Pourtant, bien que le journal The Economist ait récemment décrit la France comme étant « dans le déni, » on pourrait en dire de même du Royaume-Uni. Certes, les Français n’ont connu ni Jeux Olympiques ni célébration royale cette année ; pour autant, s’agissant de l’état de leur économie, les deux pays sont largement dans le même bateau.

Lorsque vous vous rendez en Amérique ou en Asie, comme je l’ai fait cet automne, l’image de l’Europe apparaît plus claire, de manière sélective : bien qu’elle continue à être perçue comme un modèle positif, l’Europe n’est plus considérée comme un acteur mondial. Du point de vue des États-Unis, l’Europe a beau ne plus être considérée comme un problème, elle n’est pour autant pas non plus envisagée comme partie d’une solution aux difficultés de la planète – à l’exception peut-être de celles qui touchent directement le continent (et même en la matière, des doutes persistent).