1

Le piège de l’âge moyen en Europe

CAMBRIDGE – Les dirigeants européens ont enfin pris la pleine mesure de la gravité du problème de la marginalisation de la jeunesse. Mais déjà, une autre catastrophe sociale dont ils n’ont pas encore pris conscience pointe à l’horizon. Cette fois, ce sont les travailleurs d’âge moyen qui vont souffrir.

Cela peut paraître surprenant, si l’on considère que les travailleurs d’âge moyen semblent être les gagnants dans le système actuel. Les travailleurs quadragénaires et récents quinquagénaires ont des emplois stables, contrôlent le système politique, et sont moins vulnérables aux revers économiques que leurs collègues qui approchent de l’âge de la retraite.

En outre, des barrières à l’entrée élevées, les bénéfices liés à l’ancienneté, et de lourdes restrictions sur les licenciements des employés ont même permis à la population européenne d’âge moyen de préserver des emplois moribonds – une situation qui a substantiellement contribué à la marginalisation de la jeunesse. Selon l’OCDE, de 2008 à 2012, le chômage chez les Européens âgés de 45 à 54 ans est passé de 5,2% à 7,7%, tandis que le chômage des jeunes a connu un bond de 15% à 21,4%. Fin 2013, environ quatre millions de personnes âgées entre 50 et 64 ans étaient sans emploi, alors qu’ils étaient six millions dans la tranche d’âge 18-24 ans.

De telles statistiques expliquent l’incapacité des dirigeants à prendre jusqu’à présent conscience de l’existence d’un problème. Mais les conditions enviables des travailleurs d’âge moyen vont bientôt se détériorer, du fait de la concurrence croissante des économies émergentes et de l’incessant progrès technologique qui les éloigne du système.