22

Le nouveau réalisme macroéconomique de la BCE

NEW YORK – La Banque centrale européenne s’est finalement décidée à appliquer une politique d’assouplissement quantitatif (QE). À ce stade, la question essentielle consiste à savoir si l’Allemagne conférera à la BCE la marge de manœuvre nécessaire pour mettre en œuvre cette expansion monétaire de manière suffisamment audacieuse.

Bien que le QE ne permette pas de générer une croissance à long terme, cette politique peut considérablement dégager le chemin vers la fin de cette récession qui affecte la zone euro depuis 2008. Le marchés boursiers européens, exceptionnellement élevés cette semaine dans un contexte d’anticipation du QE, indiquent en effet non seulement une confiance croissante, mais constituent également un canal direct via lequel l’assouplissement monétaire peut dynamiser à la fois l’investissement et la consommation. 

Un certain nombre d’observateurs, tels que le prix Nobel Paul Krugman et l’ancien Secrétaire du Trésor américain Larry Summers, continuent toutefois de douter de l’efficacité du QE. Comme l’a récemment fait valoir Krugman, un « vortex déflationniste » pèserait sur l’économie mondiale, la chute des prix entraînant une inéluctable spirale baissière de la demande. Des propos dont semblent convenir la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, tous deux ayant dernièrement revu légèrement à la baisse leurs prévisions de croissance.

Les pessimistes évoquent une économie mondiale si souffrante de l’insurmontable pénurie de la demande globale qu’il s’agirait de parler de nouvelle « stagnation séculaire. » Ils considèrent la politique monétaire comme relativement inefficace, en raison de la fameuse borne inférieure zéro (ou ZLB, pour zero lower bound) sur les taux d’intérêt nominaux. L’argument consiste à affirmer que dans la mesure où les taux d’intérêt directeurs avoisinent le zéro, les banques centrales seraient plus ou moins incapables d’échapper au vortex déflationniste, et les économies se retrouveraient prises dans le fameux piège de la liquidité. Dans un tel scénario, l’insuffisance de la demande s’autoalimente, poussant les prix à la baisse, provoquant la hausse des taux d’intérêts réels (ajusté à l’inflation) et réduisant encore davantage la demande.