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Des mesures radicales au secours de l’économie mondiale

NEW-YORK – Les marchés financiers répètent la même erreur depuis deux ans: ils prévoient une hausse des taux dans les six mois, et chaque fois la décision est retardée. Ces erreurs en série ne résultent pas d’événements imprévus, mais de l’incapacité à appréhender l’intensité et le caractère global des forces déflationnistes qui pèsent sur l’économie. 

Nous sommes prisonniers de la combinaison de deux facteurs : le fardeau de la dette ne diminue pas mais se déplace d’un secteur à un autre et d’un pays à un autre, tandis que la politique monétaire à elle seule ne suffit pas à stimuler la demande globale - elle ne fait que la redistribuer. C'est le surendettement destiné à financer l’immobilier et la construction qui est à l’origine de cette situation.

Au Japon, lors du boom des années 1980, les prêts immobiliers ont quadruplé en seulement quatre ans et le prix des terrains a été multiplié par 2,5. Après l’éclatement de la bulle immobilière en 1990, les entreprises surendettées étaient déterminées à rembourser leurs dettes, bien que les taux d’intérêt fussent alors proches de zéro. La baisse de la demande liée au désendettement privé s’étant accompagnée d’un déficit budgétaire considérable, il en a résulté une augmentation de la dette publique. L’endettement des entreprises a diminué peu à peu (passant de 140% du PIB en 1990 à environ 100% aujourd'hui), mais la dette publique a continué à croître (elle dépasse maintenant 230% du PIB).

Depuis la crise financière de 2008, ce schéma s’est répété ailleurs. Aux USA et dans quelques pays européens, le surendettement antérieur à 2008 a été suivi par un effort de désendettement privé qui s’est accompagné au début d’une augmentation conséquente du déficit du budget de l’Etat. Selon un rapport récent , dans les pays avancés, le taux de la dette rapportée au PIB a légèrement baissé (il est passé de 167% à 163%), mais la dette publique a fait un bond de 79% à 105% du PIB. L’austérité budgétaire a paru essentielle, mais elle a exacerbé l’effet déflationniste du désendettement privé.