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Le démantèlement de Citigroup

WASHINGTON, DC – La campagne présidentielle américaine est déjà bien avancée. Les élections n'auront lieu qu'en novembre 2016 et très peu de candidats ont officiellement annoncé leur candidature, mais la compétition pour promouvoir et développer des idées (aussi bien en privé que publiquement) est en plein essor.

Au début du mois, Citigroup a profité de ce moment politique formateur pour saisir cette opportunité de remporter une victoire tactique, mais qui équivaut à une erreur stratégique. En utilisant un langage législatif apparemment rédigé par les propres lobbyistes de Citi, l'entreprise a obtenu l'abrogation de certaines réformes financières Dodd-Frank. La disposition a ensuite été adoptée après avoir été jointe à un projet de loi de dépenses de dernière minute : une tactique qui a provoqué très peu de débats à la Chambre des représentants et aucun au Sénat.

D'un seul coup, les dirigeants de Citi ont démontré à la fois leur poids politique constant à Washington et ont conservé leur désir de prendre des risques financiers excessifs (ce que permettent les amendements en question). Le lobbying pour autoriser la spéculation à risque est exactement ce que Citi a fait durant les années 1990 et 2000 sous les présidents Bill Clinton et George W. Bush, avec les conséquences catastrophiques que l'on sait sur l'économie en général en 2007-09.

En conséquence, le démantèlement de Citigroup est sérieusement envisagé comme un thème de campagne potentiel. Par exemple, dans un discours percutant suivi en ligne plus d'un demi-million de fois, la sénatrice Elizabeth Warren a répondu sans compromis à la dernière démonstration de force des mégabanques : « Passons à autre chose susceptible de nous aider à démanteler ces banques géantes. »