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L'erreur de stratégie de la Chine

DENVER – Il n'y a pas si longtemps, le rayonnement de la Chine était à son zénith. Les médias soulignaient la pondération de ses dirigeants dans leurs relations avec le monde extérieur, leur respect de l'opinion d'autrui, leur attitude d'écoute, leur humilité excessive et leur réticence à dispenser des conseils non sollicités. La Chine estimait que son succès suffisait en lui-même et qu'il était inutile d'en rajouter.

Cette période est révolue. Aujourd'hui, à l'image de beaucoup d'autres grands pays ce sont des considérations de politique intérieure qui modèlent sa politique extérieure, notamment à l'égard de ses voisins dont elle ignore entièrement la sensibilité. Elle commence à susciter de l'inquiétude dans la région, et de ce fait le virage américain vers l'Asie qui fut décrié pour sa mise en œuvre maladroite et ses conséquences involontaires apparaît maintenant comme une bonne chose.

Comme pour d'autres pays, son passé pèse sur son comportement. Ainsi depuis les traités de Westphalie en 1648, à quelques grandes exceptions prés les pays européens ont compris les règles de base du jeu diplomatique et ils ont exporté vers de nombreuses autres régions du globe les concepts westphaliens, notamment celui de l'égalité des différents pays en égard au droit international.

L'héritage de la Chine est différent. Elle considère ses voisins plutôt comme des vassaux que comme des égaux. Elle conçoit ses alliances surtout comme le résultat d'une stratégie basée sur l'idée que "les ennemis de mes ennemis sont mes amis".