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Soutenir Charlie sans être d'accord avec les caricatures

DAVOS – Après l'attentat meurtrier contre le magazine satirique Charlie Hebdo à Paris, l'expression "Je suis Charlie" a eu un écho dans le monde entier. Effectivement Charlie Hebdo doit être libre de publier ce qu'il veut sans craindre de violence, pour autant qu'il n'incite pas lui-même directement à la violence. Pour autant, les autres journaux et individus doivent-ils republier ses caricatures ?

Il ne faut jamais porter atteinte à la liberté d'expression, sauf dans des cas extrêmes.  Wendell Holmes, un juge de la Cour suprême américaine, l'a parfaitement formulé dans un avis par lequel il s'opposait à une condamnation dans une affaire relative à la protection de la liberté d'expression garantie par la Constitution américaine : "Nous ferons toujours preuve de la plus grande défiance à l'égard de toute tentative de limiter l'expression d'opinions que nous méprisons…, à moins qu'elles ne menacent de manière imminente l'état de droit au point que sa limitation immédiate soit nécessaire pour protéger le pays."

Dans cette perspective, j'aurais pu manifester avec les millions de personnes qui proclamaient "Je suis Charlie" dans les rues de Paris. Et je comprends parfaitement le désir d'acheter le premier numéro de Charlie Hebdo publié avec courage et détermination une semaine après ces crimes. Ce n'est pas seulement en France, mais dans le monde entier que des gens ont voulu afficher leur solidarité avec les victimes et leur accord avec le principe fondamental de la liberté d'expression.

Défendre le droit de Charlie Hebdo de dire ce qu'il veut n'implique pas d'être d'accord avec ses caricatures du prophète Mohammed ou la volonté de participer à leur dissémination. L'accord avec un principe n'entraîne pas le soutien à n'importe quelle mise en œuvre de ce dernier.