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L’enjeu mondial de la réforme anti-corruption en Chine

STANFORD – Le procès récent de Bo Xilai a mis en évidence le plus grand défi auquel fait face la Chine contemporaine : la corruption et les abus de pouvoir commis par certains fonctionnaires du gouvernement et du parti. Jusqu'à sa chute, Bo, ancien membre du Politburo et chef du parti de Chongqing, une mégapole de 30 millions d'habitants, était un candidat potentiel à devenir l’un des sept membres du Comité permanent du Politburo qui dirige la Chine.

Le procès de Bo a eu lieu à ce qui est un moment critique pour la Chine. Chaque année, des millions de Chinois ruraux affluent dans les villes du pays à la recherche d'un emploi ; cependant, la croissance de la Chine, basée sur les exportations, est en train de ralentir et masque de moins en moins les coûts macroéconomiques de la corruption et de l'intervention excessive de l'Etat. Alors que la Chine entre dans une ère de croissance plus modérée et fait face à une concurrence accrue des autres pays à faibles coûts, ces dommages deviendront de plus en plus évidents – et de plus en plus destructeurs.

Une Chine économiquement prospère est plus susceptible d'être stable et de jouer un rôle géopolitique constructif ; une Chine en proie à de graves problèmes économiques le serait beaucoup moins et, étant la toute première économie en développement à devenir une puissance mondiale, pourrait même devenir source de risque systémique. L’assemblage de produits manufacturiers en Chine fait partie intégrante des chaînes d'approvisionnement mondiales pour de nombreux produits. Par ailleurs, la Chine est le plus grand détenteur de titres du Trésor américain (en dehors de la Réserve fédérale elle-même), détient des participations significatives en euro, devrait bientôt devenir le plus grand partenaire commercial de l'Amérique et occupe une place importante dans les échanges avec de nombreux pays européens et asiatiques.

Les études scientifiques révèlent que l'application rigoureuse d’un régime de droits de propriété et de systèmes d’imposition et de régulation stables, prévisibles et non confiscatoires est essentielle à la prospérité économique à long terme. La clé de la réforme en Chine, et ce que le peuple chinois désire le plus, est un « gouvernement fait de lois et non d’hommes » tel que décrit par John Adams – une administration impartiale de lois raisonnables, sans faveurs spéciales pour la minorité qui détient les bons contacts. En effet, le ministre des Finances Lou Jiwei a fait écho à Adams (et à Adam Smith) lorsqu’il a proclamé: « ... les ressources devraient être allouées au moyen des prix et des marchés, et non par des fonctionnaires du gouvernement. »