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La contradiction somalienne du Kenya

NAIROBI – Le mouvement des insurgés islamistes somaliens des Chebab a affirmé que l’attentat perpétré au centre commercial Westgate de Nairobi la semaine dernière constituait des représailles contre l’intervention du Kenya en Somalie. Leur revendication invite à se poser une question : que fait donc le Kenya en Somalie et sa présence dans ce pays justifie-t-elle le prix à payer ?

Depuis l’invasion par l’armée kenyane de son voisin au nord-est, le gouvernement a fait savoir à ses citoyens qu’il partait en guerre contre les Chebab. Mais comme toute déclaration officielle au Kenya, cette version n’est que partiellement vraie.

La nuit du 15 octobre 2011, alors que j’étais couché, j’ai entendu les convois militaires kényans traverser la ville frontalière de Dadaab, entrant en Somalie pour mener la toute première intervention militaire du Kenya à l’étranger. La raison immédiate de cette incursion était l’enlèvement de deux membres espagnols des organisations humanitaires présentes dans les vastes camps de réfugiés qui entourent Dadaab. A la suite d’une série d’enlèvement d’Occidentaux par les Chebab, ce dernier enlèvement était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour les autorités kényanes. Pour mettre fin aux raids des islamistes, le gouvernement a lancé ce qui, d’après les chefs de l’armée kényane, devait être une campagne militaire éclair.

Au cours des deux dernières années, des progrès notoires ont été enregistrés. Les deux travailleurs humanitaires espagnols ont été libérés en juillet dernier, et depuis lors, les Chebab n’ont tenté qu’un seul enlèvement. Les rebelles ont également été délogés du port somalien de Kismayo qui était auparavant leur principal bastion. Mais les Chebab conservent le contrôle de la plus grande partie de la Somalie et restent capables de frapper Mogadiscio, la capitale, ainsi que Nairobi.