L’Asie après la seconde guerre d’Afghanistan

TOKYO – Deux jalons importants de la relation parfois compliquée qu’entretiennent les Etats-Unis avec l’Asie interviendront au mois de juillet. L’un sera le début de la fin de la guerre menée par Washington pendant de près de dix ans en Afghanistan – la plus longue guerre de l’histoire américaine – avec le retrait de 30.000 soldats d’ici l’été prochain, annoncé par le président Barack Obama. L’autre est le 40E anniversaire de la mission secrète de Henry Kissinger à Beijing, un point tournant de la Guerre froide et le premier pas de la Chine sur la voie de la modernisation – mais surtout une visite qui à l’époque constitua un véritable choc, en particulier pour le Japon.

L’imminent retrait des troupes d’Afghanistan rappelle également, du moins pour certains Asiatiques, un troisième événement, plus traumatisant encore : le départ précipité des Américains de Saigon en 1975. À l’époque, cette débâcle semblait présager un retrait plus général des Etats-Unis de l’Asie, avec une opinion publique américaine fatiguée de la guerre et attirée par les avantages supposés de l’isolationnisme. L’inquiétude perceptible en Asie aujourd’hui n’est pas seulement due au fait que l’isolationnisme semble à nouveau gagner du terrain aux Etats-Unis, mais également parce que la stabilité de l’Afghanistan est loin d’être acquise, en même temps que la Chine gagne en puissance sans qu’il existe un cadre ou une structure institutionnelle panasiatique.

Les Etats-Unis se sont bien repliés sur eux-mêmes après la chute de Saigon, et leur désintérêt pour la question afghane suivant le départ de l’Union soviétique en 1989 a plongé le pays dans le chaos et quasiment permis à Al Qaïda de s’en rendre maître. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs dirigeants asiatiques se demandent quels engagements les Etats-Unis comptent tenir une fois que leurs troupes auront quitté l’Afghanistan. Tout aussi important, nombreux sont ceux en Asie à s’interroger sur la capacité de la région à se rééquilibrer si les Etats-Unis devaient réduire leur présence militaire.

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