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Le saut périlleux de l’Amérique

MADRID – Région du Pacifique ou Moyen-Orient ? Pour les États-Unis, c’est la principale question stratégique du moment. La recrudescence des violences à Gaza, en pleine réunion entre le président Barack Obama et les dirigeants de l’Asie à Phnom Penh, exprime parfaitement le dilemme des États-Unis. Au lieu de pouvoir se concentrer sur la « réorientation » de la politique étrangère américaine vers l’Asie, Obama a dû passer beaucoup de temps à s’entretenir avec les dirigeants d’Égypte et d’Israël. Il a même dû dépêcher sur place la Secrétaire d’État Hillary Clinton dans le but d’établir un cessez-le-feu pour le conflit de Gaza.

Des deux points focaux géopolitiques où les États-Unis doivent porter leur attention, l’un représente l’avenir et l’autre le passé. Même si les questions portant sur l’Asie ont joué un rôle important dans la campagne électorale présidentielle des États-Unis qui a été marquée par des débats souvent houleux quant à la montée de la Chine, ce sont les problèmes du Moyen-Orient dans lesquels se sont enlisés les États-Unis. Outre le conflit israélo-palestinien qui s’éternise, l’instabilité de l’Iraq, le printemps arabe, la guerre civile en Syrie et la confrontation permanente avec l'Iran sur son programme nucléaire font partie de tous les autres dossiers prioritaires des États-Unis.

Si le conflit larvé avec l’Iran devait se déclarer, l’axe asiatique de sa politique étrangère ne serait plus la principale priorité des États-Unis. Cependant si le litige avec l’Iran finit par se régler par le truchement de la diplomatie, il est sans doute possible que le Moyen-Orient soit relégué au second plan, comme le voudrait Obama. La question demeure cependant : l’Amérique s’enlisera-t-elle à nouveau dans une autre guerre dans une région de moins en moins importante pour son approvisionnement en énergie ?

En effet, des développements énergétiques avec des répercussions mondiales énormes ont complètement changé la donne : à savoir la révolution dans le secteur des hydrocarbures non conventionnels, particulièrement les ressources en gaz et en huile de schiste qui selon les prévisions récentes de l’Agence internationale de l’Énergie feront des États-Unis le plus grand producteur de pétrole d’ici 2020 et le premier producteur pour toutes les sources d’énergie d’ici 2030. Pour les États-Unis, l’autonomie en énergie est le prétexte parfait pour un retrait graduel du Moyen-Orient ; libérée de sa dépendance énergétique, elle est en mesure de se concentrer sur la région du Pacifique.