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Ukraine et au-delà

GENEVE – La crise ukrainienne est passée d’aigüe à chronique. La question centrale – la Russie osera-t-elle envahir le territoire ukrainien ? – a  désormais une réponse : non, elle n’osera pas. Alors maintenant que va-t-il se passer ?

Evidemment, le Kremlin ne s’attendait pas à une réaction ferme et unie de l’Ouest suite à son annexion de la Crimée. L’appel du président russe, Poutine, au président américain, Obama, le 28 mars a clairement démontré le souhait de la Russie de discuter une « désescalade. » L’objectif principal de Poutine à présent est la suppression du blocage ukrainien de la région séparatiste et pro-russe de Moldavie, Transnistrie, et la « fédéralisation » de l’Ukraine (un euphémisme pour la stratégie de la petite porte de la part du Kremlin pour prendre le contrôle des régions est et sud du pays).

Désormais nous ne pouvons plus revenir au modèle «business as usual». L’invasion et l’annexion de la Crimée par la Russie ont déclenché des décalages tectoniques involontaires dans la politique internationale. Alors que les implications sur le long terme sont encore floues, les conséquences immédiates sont claires.

Tout d’abord, les Russes vont payer chèrement en terme de leur propre liberté les imprudentes décisions de leurs leaders. Après l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie en 1968,  le poète russe Alexander Galich a écrit : « Compatriotes, notre territoire national est en danger ! Nos chars sont en territoire étranger ! » La confrontation avec l’ouest, apparemment inévitable après l’Anschluss de la Crimée, va générer un régime de « mobilisation. » La nouvelle ébauche du budget russe, avec la montée en flèche de ses dépenses militaires ainsi que les accusations paranoïaques de « cinquième colonne » et « traîtres de la nation » attestent de cette tendance. Dans de telles circonstances, des sanctions qui frappent les gens ordinaires ne feront qu’aider le régime à consolider son pouvoir.