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Sortir du bourbier tibétain

NEW YORK – La Chine a survécu, sans grandes manifestations, au 50e anniversaire du soulèvement tibétain manqué de 1959 contre la tutelle chinoise. Mais pour empêcher toute descente dans la rue, le gouvernement a dû inonder la totalité du plateau tibétain de troupes et emprisonner secrètement des centaines de personnes sous prétexte d’« éducation à la légalité ». Ces actions laissent penser que le Tibet est devenu une sérieuse source d’inquiétude pour les autorités chinoises, source qu’ils n’ont pas encore réussi à canaliser sans compromettre leur position au Tibet et de par le monde.

Il y a un an, les intellectuels chinois et occidentaux se sont surpassés pour attribuer l’engouement du peuple pour le Tibet à une confusion puérile avec la vallée fictive Shangri-la issue d’un film de 1937 intitulé Lost Horizon. Mais comme les manifestations tibétaines antichinoises de ces 12 derniers mois s'élèvent à plus de 150, il ne semble pas du tout fantaisiste de s’en inquiéter. En effet, dans la catégorie facteur de stabilité régionale et souci majeur de relations internationales, le Tibet pourrait bientôt supplanter Taiwan. Les régions peuplées par les Tibétains couvrent désormais un quart de la Chine. Une si vaste partie du territoire coupée du monde extérieur et placée sous contrôle militaire discrédite la légitimité et le statut de puissance mondiale revendiqués par le parti communiste.

Les manifestations de l’an passé au Tibet ont été les plus massives et les plus importantes depuis des décennies. Ont pris part : des nomades, des fermiers et des étudiants, qui auraient en théorie dus être très reconnaissants à la Chine d’avoir modernisé l’économie de leur pays. Nombre d'entre eux arboraient le drapeau du Tibet – interdit – montrant bien qu’ils considèrent que c’était un état à part entière dans le passé. Des bureaux officiels ont été mis à feu lors d'environ 20 incidents. On dénombre même un cas d’agression de migrants chinois, causant la mort de 18 personnes. Difficile de ne pas voir combien ces événements mettent le régime chinois au défi.

Le gouvernement chinois a réagi en imputant le problème à des complots extérieurs. Il a envoyé plus de troupes, a dissimulé les détails de la mort de manifestants, a condamné à perpétuité un éducateur de prévention HIV qui avait illégalement copié des CD en provenance d’Inde et a banni, des mois durant, des journalistes et des étrangers du plateau tibétain. En direct sur une chaîne nationale en novembre dernier, des officiels chinois ont ridiculisé les propositions de négociation d’exilés tibétains. La Chine a même annulé un sommet avec l’Union européenne en raison d'une rencontre entre le président français Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama et sous-entend régulièrement que les Tibétains sont des terroristes.