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Les flèches empoisonnées de la justice internationale

LONDRES – Au début du mois, la Cour pénale internationale (CPI) a répondu favorablement à la demande du procureur de la Cour en inculpant Omar Al-Bachir, le président soudanais, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité et en délivrant un mandat d'arrêt contre lui. Al-Bachir a réagi en expulsant des ONG étrangères qui venaient en aide aux réfugiés du Darfour.

C'est la première fois qu'un chef d'Etat en exercice est inculpé pour crimes de guerre. Les réactions à travers le monde sont partagées entre ceux qui y voient un grand pas en avant de la justice internationale et ceux qui y voient un acte de colonialisme. Ces deux points de vue sont erronés, tant sous l'angle intellectuel que moral.

Le mandat d'arrêt ne constitue en rien un pas en avant. Sur le terrain juridique, que l'inculpé soit un chef d'Etat en exercice ou qu'il l'ait été dans la passé ne change rien. Mais la différence pratique est qu'un chef d'Etat en exercice dispose d'un potentiel de nuisance considérable à l'égard de sa population, aussi ne faut-il pas lui donner un motif de représailles.

Selon les estimations, la politique de Al-Bachir s'est traduite par la mort de 300 000 personnes et le déplacement de 2,7 millions d'habitants du Darfour. L'expulsion des ONG expose plus d'un million d'entre eux aux risques d'épidémies et de famine. Selon le statut qui a établi la Cour pénale internationale, le procureur est tenu de veiller à ce que toute inculpation soit dans l'intérêt tant des victimes que de la justice. Mais pour des juristes comme le procureur de la CPI, la revendication abstraite de justice est bien plus parlante que tout devoir concret de protection. Dans ce cas, la justice se présente armée de flèches empoisonnées.