Wednesday, July 30, 2014
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La réalité de Mitt Romney

NEW YORK – Il semble qu’une guerre a éclaté entre les faits et l’imagination ces derniers temps aux Etats-Unis. La réélection du président Barack Obama marque une victoire, limitée mais indéniable, pour la cause des faits.

Certains évènements qui ont précédé l’élection présidentielle américaine illustrent clairement ce combat. Parmi les proches conseillers du candidat Républicain Mitt Romney, certains se sont convaincus de la victoire prochaine. Une conviction qui n’était fondée sur aucun sondage. Néanmoins, ce sentiment s’est renforcé au point que certains des membres de son entourage en sont venus à s’adresser à Romney avec un « M. le Président. »

Il ne faut pas confondre désirs et réalités. Tout cela était prématuré, et Romney, malgré son désir d’en profiter autant qu’il le pouvait, n’était pas président. Et puis le soir des élections, lorsque les chaines de télévision ont projeté la défaite de Romney dans l’Ohio, et donc la réélection de Barack Obama, le clan Romney, par un autre déni des faits, a refusé d’admettre le résultat. Il lui a fallu plus d’une heure avant d’accepter la réalité et de prononcer un aimable discours de défaite.

Cette indifférence vis-à-vis de la réalité n’est pas le seul apanage de la campagne Républicaine ; elle caractérise aussi depuis quelques temps l’ensemble du parti Républicain. A la suite de la publication du rapport du Bureau des statistiques du travail (BLS) en octobre qui annonçait que les chiffres du chômage étaient “restés pratiquement inchangés, à 7,9%,” les équipes Républicaines ont cherché à discréditer le très respecté BLS. Lorsque les sondages ont montré que Romney perdait du terrain face au président Barack Obama, elles ont voulu discréditer les sondages. Suite aux conclusions du Congressional Research Service (Service d’études du Congrès américain, CRS) stipulant que le projet fiscal républicain ne contribuerait en rien à la relance de la croissance économique, les sénateurs Républicains ont fait pression sur le CRS pour qu’il retire son rapport.

Ces refus répétés d’accepter l’évidence de ces faits reflètent une tendance plus profonde encore. De plus en plus, le Parti Républicain, en son temps un parti politique assez classique, s’est arrogé le droit de vivre dans une réalité alternative – un monde dans lequel, entre autre, George W. Bush a effectivement trouvé des armes de destruction massive qu’il pensait être en Irak ; les baisses d’impôt éliminent les déficits budgétaires ; Obama n’est pas seulement un Musulman, mais il est né au Kenya et devrait donc à ce titre être disqualifié pour la présidence ; et le réchauffement climatique est un canular inventé par une cabale de scientifiques socialistes. (Les Démocrates ont d’ailleurs également mis un pied sur le terrain de l’irréalité.)

De toutes les convictions irréalistes des Républicains, leur refus absolu d’accepter l’idée d’un changement climatique induit par l’homme est surement celui dont les conséquences sont les plus graves. Car si l’on ne s’en préoccupe pas, le réchauffement climatique pourrait dégrader et détruire les conditions paroxystiques qui ont permis l’avènement et le développement de la civilisation humaine depuis quelques dix millénaires.

Romney, en tant que gouverneur du Massachusetts, avait admis la réalité du réchauffement climatique. En tant que candidat à la présidence cependant, il a rejoint le camp de ceux qui refusent d’y croire – un retournement clairement perçu lors de sa nomination par le parti à Tampa en Floride en août dernier. « Le président Barack Obama a promis de limiter la montée du niveau des océans, » avait-il déclaré lors de la Convention Républicaine, avant de faire une pause, arborant ce petit sourire du comique qui attend que le public réagisse à sa blague.

Et le public a réagi. Par une explosion de rires, que Romney a laissé monter avant de sortir sa chute : « et de guérir la planète. » Le public riait aux larmes. Ce fut peut-être le moment le plus mémorable et le plus lamentable d’une lamentable campagne – un moment qui, dans l’histoire qui reste à écrire des efforts de l’humanité pour préserver une planète vivable devrait atteindre une notoriété éternelle.

Puis la suite est stupéfiante. Huit semaines plus tard, l’ouragan Sandy s’abattait sur les côtes du New Jersey et la ville de New York. Le déferlement d’eau de mer de 4 mètres de hauteur venait s’ajouter à la montée des eaux déjà causée par un siècle de réchauffement climatique, et des eaux océaniques plus chaudes d’une planète plus chaude ont nourri la force et l’intensité de la tempête. La marée des réalités – ce qu’Alexandre Soljenitsyne avait appelé « la pince-monseigneur sans pitié des évènements » - a fait éclater la bulle dans laquelle la campagne de Romney s’était enfermée, dont les murs se sont effrités aussi surement que ceux du sud de Manhattan et de Far Rockaway.

Dans cette compétition entre faits et imagination, les faits se sont trouvés là un puissant allié. La carte politique a été subtilement mais clairement redessinée. Obama est entré en action, revêtant moins le costume de candidat suspect que celui d’un président dans lequel on pouvait avoir confiance, et dont les services étaient douloureusement indispensables aux populations dévastées de la côte Est. Selon les sondages, huit électeurs sur dix ont jugé favorablement sa réaction, et nombre d’entre eux ont admis avoir été influencé dans leur décision de vote.

Par un surprenant et puissant retournement politique, le gouverneur du New Jersey Chris Christie, qui avait été le principal orateur lors de la Convention Républicaine au cours de laquelle Romney s’était moqué des dangers du réchauffement climatique, a été parmi les plus impressionnés par l’attitude d’Obama, et s’en est publiquement fait l’écho. 

Le monde politique américain a occulté d’énormes réalités inquiétantes – pas seulement les Républicains, les Démocrates aussi (même si dans une moindre mesure). Mais ces réalités, comme si elles avaient été à l’écoute et qu’elles répondaient, se sont invitées dans les élections. Elles ont voté en avance, et ont très probablement influencé le résultat final. La Terre a parlé, et les Américains, pour une fois, ont entendu.

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  1. Commentedjames durante

    There are many levels of delusional thinking that comprise the cultural heart of "civilization," the very thing Schell seems so desperate to save. There is the idea that you can somehow square the relentless expansionism of civilizations with justice. There is the idea that civilization can compensate for the loss of primitive innocence when all it does is destroy it with increasing rapacity. There is the idea that "this time is different" and civilization will magically save itself when every civilization, by its very operation, brings about its own collapse.

    Does Schell think that the slightly less delusional democrats have a plan for countering the constant growth model of this civilization? That is delusional.

  2. Commentedjack lasersohn

    You might consider that if a population is lied to often enough, it begins to distrust all historic sources of authority, and is easily preyed upon by charlatans.

    Since you have focused on the lies of the right i will mention a few on the left. The government has been a prime source for many of these 'big lies'.The biggest, and the source of much of the rational anger on the right, has been the claim since the days of FDR and Johnson that we could finance the kind of entitlement system they created without massive taxes on the American middle class at some point. We have reached that point and the portion of the American populous who actually pay taxes have recognized the lie and are now in open revolt.
    The 'big lie' of the recent campaign, that we can finance our enormous future public liabilities , with a tax increase on the upper 1%, was as outrageous as any on the republican side.
    The rejection of science on the left is just as crazy as on the right, from 'vaccines cause autism' , to 'herbal upper colonics cure cancer', to 'all the strontium 90 found in the baby teeth of children must come from nuclear power plants', etc.
    If carbon from fossil fuel is causing global warming, then the rational answer is to tax fossil carbon and let market innovators figure out how to deal with it. Instead, Obama grants special subsidies to favored constituents while implying that this is somehow the answer, so that his favored 'middle class' need never pay a penny to save the planet.
    And the rest of the left wing blogosphere offers similar 'pain free' solutions (debt financed stimulus) to a market crash caused by middle class families buying homes they could not afford on credit.
    Any objective observer should be as shocked by the fantasies of the left as by those of the right.
    If not, one is simply another wild eyed partisan arguing with other partisans about whose fantasies are more unbelievable.

  3. CommentedZsolt Hermann

    Unfortunately not only the Republicans are living in fantasy land.
    The whole of the US and together with them the whole global world is still living in a fantasy of constant quantitative growth as the only possible way of living.
    All the other problems, facts mentioned in the article, including humanity's opposition to nature is part of the same package, and the solution has to also address this root cause.
    The bottom line is that while humanity is simply part of the vast, natural ecosystem around, humans live as if they were above the system and could do whatever they want, inventing their own systems, laws and principles.
    Even if we do not attribute the climate and weather changes directly to human effect, the economical and financial system based on the same attitude is already collapsing burying all of us underneath.
    The only solution is to find our way back to the natural system, recognizing and following its laws, adapting to the intricately interconnected and interdependent system.
    And in that respect all the present leaders, experts and the public alike has to change fundamentally.
    Let us hope that President Obama and his team, freed from the worries of re-election understands this.

  4. CommentedJohn Simms

    In 2004 John Kerry refused to accept the result until Weds morning, yet something tells me Mr. Schell wouldn't have considered that a "denial of fact."

  5. Commentedjimmy rousseau

    Mr. Schell is actually being a little kind to republicans. There are some from this party who sit in congress, both as representatives and senators, who believe in a 6000 year old earth, mock evolution and geology and pay no price in the media for these views.
    But the author is correct in his assessment that eventually they must pay the price for this wilful ignorance. But no their is nothing equivalent on the democratic side of the fence.

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