Tuesday, September 23, 2014
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Sarkozy et la tempête de l’Euro

Plus le président français Nicolas Sarkozy attaque la Banque centrale européenne et l’euro fort, plus il est critiqué dans les médias européens par les ministres des Finances européens, les responsables de l’Union européenne et la BCE elle-même. Ces critiques sont fondées. La raison fondamentale de la faiblesse économique actuelle de la France est son manque de compétitivité, même dans d’autres économies de la zone euro, où l’euro n’est pas un facteur entrant en ligne de compte.

Mais Sarkozy n’a pas tort. Les ingrédients d’une tempête sont en train d’être réunis sur le marché des changes, menaçant de catapulter l’euro à des niveaux qui rendra même l’Allemagne, l’exportateur le plus efficace de la zone euro, incapable de rivaliser sur les marchés mondiaux. Si les exportateurs allemands ne peuvent rivaliser à 1,5 euro le dollar, quelles sont les chances des exportateurs français?

L’euro gagne du terrain pour plusieurs raisons. L’un des facteurs qui a précipité le mouvement est que la Réserve fédérale a changé d’avis de façon spectaculaire au sujet de la solidité de l’économie américaine. Le président de la Fed, Ben Bernanke, s’inquiète aujourd’hui beaucoup que les problèmes de marché immobilier et de prêts hypothécaires ne provoquent une récession, à moins de réduire les taux d’intérêt de façon agressive, même si cela signifie prendre un certain risque avec l’inflation.

Cette nouvelle politique “anti-récession” de la Fed a mis le dollar US sur la voie de nouvelles baisses. Le déclin sera sans doute entretenu par le déficit substantiel des paiements courants des États-Unis, qui a trouvé dans les réductions de Bernanke l’étincelle dont il avait besoin pour faire sentir pleinement son impact sur les marchés des changes étrangers.

Évidemment, si les taux d’intérêt étaient aussi réduits dans la zone euro, la chute du dollar par rapport à l’euro serait modérée. C’est l’argument principal de Sarkozy. Mais la BCE a exprimé clairement que non seulement la réduction des taux d’intérêt n’est pas à l’ordre du jour, mais qu’en outre l’augmentation des taux prévue à l’origine pour le mois de septembre n’est pas abandonnée mais seulement repoussée.

Cette tempête se met en place parce qu’à la fois l’Europe et les États-Unis, pour des raisons différentes, suivent des politiques monétaires qui poussent l’euro à monter en flèche jusqu’à des hauteurs dangereuses.

Les faucons anti-inflationnistes de Francfort sont très mécontents de la réduction agressive de 50 points de Bernanke et de la perspective de nouvelles réductions. Cela conforte les critiques de la BCE comme Sarkozy, et par ailleurs les met sous pression pour qu’ils abandonnent la tendance inflationniste de la Banque centrale à cause de ses effets sur l’euro.

Certains sont récalcitrants et avides de voir l’euro grimper, car une fois débarrassés de la hausse des taux, un euro fort pourrait être le seul moyen qui leur reste pour lutter contre l’inflation naissante qu’ils redoutent.

Mais cette politique n’est pas tenable. La BCE doit abandonner sa tendance inflationniste parce que l’économie européenne faiblit, et que l’économie plus faible contiendra toute pression inflationniste existant aujourd’hui. La tendance anti-inflationniste, qui avait un sens jusqu’à une période récente, est aujourd’hui sérieusement chamboulée par les réalités économiques actuelles.

Mais les responsables européens, et pas seulement la BCE, semblent très rétifs à admettre que leur économie chancelle, craignant d’affaiblir davantage la confiance et d’ajouter aux pressions provoquant le ralentissement. Chaque annonce modérée, et elles n’ont pas manqué récemment, est orientée de façon positive (“les fondamentaux économiques de la zone euro restent solides” ou “l’économie reste robuste”) et les médias participent à la supercherie.

L’indice du climat des affaires allemand Ifo est à la baisse pour le quatrième mois consécutif, mais, selon Ifo, “la BCE n’a pas besoin de changer de politique.” L’indice économique de la Commission européenne s’effondre, les indices des responsables d’achats sont à la baisse, ainsi que les ventes de détail allemandes.

Les Européens ordinaires vont payer au prix fort l’aveuglement et les politiques erronées de leurs dirigeants. Plus la BCE maintiendra sa tendance inflationniste, plus le déclin économique sera abrupt alors que l’économie croulera sous le poids d’un euro en pleine flambée et de taux d’intérêts trop élevés pour les réalités économiques actuelles (bien que plus bas que là où les faucons de la BCE avaient prévu d’aller avant que ne frappe la crise financière actuelle).

Ironie du sort, la BCE devra réduire les taux d’intérêt plus tôt, et de façon plus conséquente, étant donné que sa tendance inflationniste envoie l’euro à des niveaux dangereux pour l’état actuel de son économie.

La crédibilité de la BCE en pâtira s’il lui faut un effondrement économique pour la convaincre que la voie est libre du côté de l’inflation. La BCE n’est pas l’ancienne Bundesbank, qui jouissait d’un tel soutien du public et d’une telle confiance en Allemagne qu’elle pouvait faire pratiquement ce qu’elle voulait. La marge d’erreur de la BCE est bien plus étroite, et le soutien de ses éléments moins inconditionnel. Une grosse erreur de politique, et ces mêmes responsables qui critiquent Sarkozy parce qu’il attaque la BCE se joindront à lui.

Traité de Maastricht ou pas, la perte du soutien public à la BCE diminuera son indépendance.

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