Thursday, April 24, 2014
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La lutte contre le terrorisme nécessite un consensus général

Aussitôt que l'on parle de l'ONU, on pense au scandale du programme "Pétrole contre nourriture" et à ses conséquences sur la capacité de son secrétaire général, Kofi Annan, à aller au terme de son mandat qui doit s'achever dans 18 mois.

Mais hormis l'enquête à ce sujet, bien d'autres choses se passent à l'ONU. On parle de réformes, en partie à cause de ce scandale, mais aussi en raison de l'incapacité de l'ONU à faire face aux crises qui ont eu lieu au Rwanda, au Kosovo, en Irak et plus récemment au Soudan. Même les plus ardents défenseurs de l'ONU reconnaissent maintenant qu'une réforme est nécessaire pour que l'organisation puisse contribuer efficacement à la paix et à la sécurité internationale.

On envisage notamment de modifier la composition du Conseil de sécurité qui traduit la manière dont les Alliés voyaient le monde et voulaient conduire son évolution au lendemain de la Deuxième guerre mondiale. C'est ce qui explique qu'un pays qui était aussi affaibli que la France en soit devenu membre permanent, contrairement à l'Allemagne et au Japon (ou à l'Inde qui n'avait pas encore accédée à l'indépendance). La composition actuelle du Conseil de sécurité est indéfendable et la nécessité de sa réforme indiscutable. Mais il va être extrêmement difficile d'obtenir un accord au niveau international pour y parvenir.

La Grande-Bretagne et la France feront tout pour éviter de perdre leur siège permanent au bénéfice d'un siège unique qui serait attribué à l’Union européenne, faire de l'Allemagne un membre permanent accroîtrait la surreprésentation relative de l'Europe au Conseil ; le Pakistan ne voudra pas de l'Inde, l'Argentine, le Chili et le Mexique ne voudront pas du Brésil, le Nigeria et l'Afrique du Sud se rejetteront réciproquement et plusieurs pays - notamment la Chine, l'Indonésie et la Corée du Sud - s'opposeront sans doute à l'attribution d'un siège permanent au Japon.

Réformer le Conseil de sécurité va demander beaucoup de temps et de persévérance. En attendant, il est cependant possible d'accomplir une tâche importante, appliquer l'une des recommandations de la commission de haut niveau crée par Kofi Annan : obtenir que tous les membres de l'ONU déclarent que le terrorisme n'a pas sa place dans le monde d'aujourd'hui. Ce sera plus difficile qu'il n'y paraît. Depuis trop longtemps, la communauté internationale tolère le terrorisme - le massacre délibéré de civils et de non-combattants par des acteurs non étatiques dans un objectif politique - ceci sous prétexte que celui qui est qualifié de "terroriste" par certains, est considéré par d'autres comme un "combattant de la liberté" .

Les historiens peuvent s'offrir le luxe de discuter pour savoir si le terrorisme pouvait être justifié dans certaines situations du passé, mais nous ne le pouvons pas. Le terrorisme moderne est trop destructeur pour être toléré, et encore moins justifié. Les armes de destruction massive, qu'elles soient nucléaires, biologiques ou chimiques, sont exactement ce que leur nom indique et il ne peut y avoir aucune justification à leur emploi. Le terrorisme dont a été victime l'Amérique en 2001 montre qu'un simple cutter peut se transformer en une arme de destruction massive s'il est utilisé pour exploiter les vulnérabilités du monde moderne.

Le terrorisme est d'autant plus indéfendable qu'il existe aujourd'hui des moyens non violents pour atteindre un objectif politique. Les Palestiniens peuvent négocier leur future relation avec Israël et compter sur le soutien de l'Amérique, de la Russie, de l'Europe et de l'ONU. Les Irakiens ont élu leurs représentants politiques et sont sur le point de rédiger leur Constitution. Celui qui poursuit un objectif raisonnable en étant prêt à faire des compromis ne peut prétendre que lui-même ou son groupe n'a d'autre choix que le terrorisme.

Le monde a déjà pris des mesures importantes pour lutter contre le terrorisme. Une douzaine de conventions internationales et de nombreuses résolutions de l'ONU traduisent l'engagement des Etats à s'opposer aux prises d'otages, aux détournements d'avions civils et plus largement au terrorisme. De la même manière, le Groupe d'action financière (GAFI) crée en 1989 pour combattre le blanchiment de l'argent s'est développé et a donné la priorité à la lutte contre le financement du terrorisme. La résolution 1373 du Conseil de sécurité adoptée après le 11 septembre 2001 demande aux Etats de ne pas accorder l'asile aux terroristes, de traduire en justice quiconque est associé au terrorisme, d'empêcher les groupes terroristes de recruter et d'acquérir des armes et de coopérer avec les autres Etats et organisations internationales pour traquer les suspects et renforcer la sécurité.

Mais il manque une 13° convention pour compléter le dispositif en comblant le vide qui permet aux gouvernements de décider eux-mêmes ce qu'est ou pas le terrorisme. Il faut réunir un large consensus autour de l'idée que le massacre délibéré de civils et de non-combattants est inacceptable et que les coupables et ceux qui les soutiennent doivent être sanctionnés.

Cela ne suffira pas à empêcher tout acte terroriste, mais les idées ont de l'importance. Il faut retirer toute légitimité au terrorisme, comme cela s'est fait pour l'esclavage. Les individus et les gouvernements y regarderont alors à deux fois avant de contribuer à un acte terroriste et il sera plus facile d'obtenir un soutien pour mener une action au niveau international contre ceux qui malgré tout y participeront.

On nous enseigne dès notre plus jeune âge que la fin ne justifie pas les moyens. Le moment est venu de traduire ce principe en actes, avant que beaucoup d'autres innocents ne perdent la vie.

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