Thursday, April 24, 2014
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Les USA et le partage du pouvoir sur la scène internationale

CAMBRIDGE – Les appels des adversaires républicains potentiels d'Obama à une transformation radicale de la politique étrangère marquent la campagne présidentielle américaine. Les campagnes ont un côté extrême par rapport à la réalité, mais il faut se méfier des propositions de changement radical, car les choses ne se passent pas toujours comme prévu.

La politique étrangère n'avait joué pratiquement aucun rôle lors de la campagne présidentielle de 2000. En 2001, George W. Bush qui avait entamé son premier mandat sans marquer beaucoup d'intérêt pour la politique étrangère, a complètement changé de perspective et voulu remodeler le monde après le 11amp#160;septembre. Comme les présidents Wilson, Roosevelt et Truman avant lui, il a eu recours à la rhétorique démocratique pour faire l'unité autour de lui.

Auparavant, Bill Clinton avait aussi évoqué les droits humains et la démocratie en politique étrangère, mais dans les années 1990 la plupart des Américains recherchaient la normalité et voulaient bénéficier des dividendes de la paix à l'issue de la Guerre froide plutôt que changer le monde. Par contre en 2002, la doctrine Bush (sa Stratégie de sécurité nationale) visait à "identifier et éliminer les terroristes où qu'ils soient, ainsi que les régimes qui les soutiennent". La solution au problème du terrorisme était alors de répandre la démocratie partout dans le monde.

Bush a envahi l'Irak pour renverser Saddam Hussein en raison des armes de destruction massives qu'il était censé détenir, et au passage, changer le régime. On ne peut lui reprocher l'erreur des services de renseignement qui ont attribué ces armes à Saddam, car d'autres pays disposaient des mêmes informations. En raison d'une mauvaise compréhension du contexte irakien et du contexte régional, associée à une mauvaise planification et à une mauvaise gestion, il a échoué à transformer l'Irak dans le sens qu'il souhaitait. Certains des partisans de Bush essayent de porter à son crédit le Printemps arabe, mais ses initiateurs dans le monde arabe rejettent cette idée.

Le magazine The Economist estimait queBush était obsédé par l'idée d'être un président qui agit pour changer le monde et non un simple gestionnaire comme Bill Clinton. Sa secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, proclamait les vertus d'une diplomatie visant à transformer le monde (la transformational diplomacy). Certains éditorialistes et théoriciens du leadership estiment que les responsables de la politique étrangère favorables à cette diplomatie sont plus efficaces et plus respectueux de l'éthique, mais la réalité va à l'encontre de ce point de vue.

Les dirigeants qui ambitionnent de transformer le monde ne sont pas meilleurs leaders que ceux qui se contentent de le gérer. Ainsi Bush père n'avait peut-être pas de "vision", cependant grâce à ses qualités de gestionnaire et à son savoir-faire en terme de réalisations concrètes, sa politique étrangère a été l'une des meilleures des 50 dernières années. Peut-être les manipulations génétiques permettront-elles un jour de créer des dirigeants tout à la fois visionnaires et bons gestionnaires. Mais à comparer les deux présidents Bush qui partagent la moitié de leurs gènes, il est évident que la nature n'a pas résolu le problème.

Ces remarques ne sont dirigées ni contre les leaders qui veulent changer le monde, ni contre les dirigeants américains. Mohandas Gandhi, Nelson Mandela et Martin Luther King ont joué un rôle crucial pour transformer l'identité et les aspirations de leur peuple ; les contributions de Roosevelt et de Truman en politique étrangère ont été essentielles. Mais pour évaluer un dirigeant il faut prendre en compte à la fois ce qu'il a fait et ce qu'il n'a pas fait, ce qui s'est passé et ce qui a été évité, ce qui est visible et ce qui l'est moins.amp#160;

La complexité du contexte constitue un grand problème en politique étrangère. Il existe une multitude de cultures différentes dans le monde et nous ne savons pas grand chose en matière d'ingénierie sociale et de construction de nations. Si nous ne sommes pas sûr de pouvoir améliorer le monde, la prudence est une vertu, tandis qu'une vision grandiose peut être dangereuse.

En politique étrangère comme en médecine, il faut se souvenir du serment d'Hippocrateamp#160;: avant tout ne pas nuire. C'est pour cela qu'il ne faut pas sous-estimer les dirigeants gestionnaires ayant une bonne compréhension du contexte. Le président Bush père, incapable d'articuler une vision, mais sachant gérer les crises, s'est révélé meilleur dirigeant que son fils, animé par une vision forte, mais n'ayant qu'une faible compréhension du contexte et une capacité de gestion limitée.

George Shultz, l'ancien secrétaire d'Etat de Reagan, avait comparé son rôle à celui d'un jardinier qui alimente constamment un réseau complexe d'acteurs, d'intérêts et d'objectifs. Mais n'acceptant pas le monde tel qu'il est, Condoleezza Rice, sa collègue de Stanford, voulait d'une diplomatie davantage orientée vers le changement. Ainsi qu'un observateur l'a formulé, "L'ambition de Rice n'est pas de faire simplement le travail d'un jardinier, elle veut être architecte-paysagiste".

En fonction du contexte, tant le dirigeant "jardinier" que le dirigeant "architecte" sont nécessairesamp#160;; mais il faut éviter l'erreur habituelle consistant à croire que l'architecte-paysagiste qui veut tout changer est meilleur dirigeant que le jardinier méticuleux. N'oublions pas cela face aux débats sur l'élection présidentielle aux USA qui ressassent le thème du "déclin américain". Ce terme de déclin induit en erreur ; dans l'absolu les USA ne sont pas en déclin et en termes relatifs, il est tout à fait possible qu'ils restent la seule superpuissance lors des prochaines décennies. Nous ne vivons ni dans un "monde post-américain", ni dans l'ère américaine de la fin du 20°amp#160;siècle.

Les USA vont être confrontés à la montée en puissance de nombreux autres acteurs, étatiques et non étatiques. Ils vont être aussi confrontés de plus en plus fréquemment à des problèmes qui exigent pour les résoudre de partager le pouvoir avec d'autres, tout autant que d'avoir du pouvoir sur les autres. Leur capacité à maintenir leurs alliances et à créer des réseaux coopératifs va constituer une dimension importante de leur pouvoir, qu'il s'agisse du pouvoir à l'état brut, ou en termes d'influence.

Le problème du rôle de l'Amérique au 21°amp#160;siècle n'est pas celui de son "déclin" (par ailleurs mal défini), mais elle doit développer son intelligence contextuelle et comprendre que même les plus grands pays ne peuvent atteindre leurs objectifs sans l'aide des autres. A notre époque d'information mondialisée, les dirigeants qui veulent transformer l'univers complexe dans lequel nous vivons doivent donner aux citoyens les outils pour l'appréhender et comprendre ce que cela suppose pour évoluer en son sein. Jusqu'à présent les candidats républicains à la présidence restent singulièrement silencieux sur le sujet.

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  1. CommentedZsolt Hermann

    There are two problems with transformational diplomacy these days:
    1. It suggest a certain level of arrogance, as the party suggesting a transformation for another one considers itself superior, in other words that party is certain that it has something to export to the other party as if its own system would be perfect. Nowadays through experiences of the global crisis and the revelations that our western style system is neither free nor democratic we would be deluding ourselves if we thought we have much to offer to other nations, continents or cultures.
    2. In a closed, global, interconnected and interdependent system nobody can force its own ideas on others. We are so overlapped on multiple levels, that our system resembles a machine where countless cogwheels connect to each other in very intricate ways.
    At the moment we simply have no idea about this system, about its depths, and how it works, thus pushing ahead with changes, transformations causes the countless problems and damage we observe each day as our leaders are running around like headless chickens obliviously.
    Thus what the article suggest regarding the principle "First do no harm" is the right foundation. First of all we should stop trying to "correct the world" and take a step back, examining ourselves, the system we exist in, and then after we figured out the laws governing our integral system then we can start slowly moving the cogwheels in a way that it is beneficial for the total system.
    Today we need visionary leaders who instead of their own legacy are capable of looking at the whole system in a humble, selfless way, and they are capable of bowing their heads before the vast natural system we live in and use its fundamental principles and forces in a positive way. We already have all the scientific data necessary for it all we need are the selfless personal who are truly able to serve others.

  2. CommentedAndrés Arellano Báez

    Are you crazy? Of course that can be blamed and he should be blammed. Why? Because there were a lot of intelligence that said that the weapons of mass destructions didn´t exist. He decided wrong when he believed in the wrong intellingence.

  3. CommentedPaul A. Myers

    The overarching goal of American foreign policy should be to promote stability and reduce risk of disruption. Stability permits the prosperity of commerce to do its beneficial work of rising living standards and promoting cooperative conduct. The Marshall Plan and NATO were foundation stones in promoting stability and reducing risk through the portfolio approach of having many countries contribute to mutual defense.

    Promoting democracy, depending upon context, may promote stability or it may be destabilizing. In particular, democracy can diminish human rights in many situations.

    A sitting president with sufficient sophistication to assess the foreign policy terrain realistically would have to chose strategies, both large and small, that would aim at incrementally improving or containing situations. If a multitude of incremental improvements can be made over time in some concerted manner, then one could probably say that a grand strategy was pursued. But the success of the incremental steps would be crucial to any overall effectiveness of the larger game. Most of President Bush's intermediate steps failed and so the grand strategy, if that's what you want to call the public relations stunting of those people, has failed.

    President George Bush, ideology's plaything, was "transformational" because he was personally and intellectually lazy and his public-relations-obsessed White House liked the "messaging."

    Condoleezza Rice famously wrote that the 82nd Airborne was not for escorting children to kindergarten. She certainly solved that problem. The Clinton administration's successes in Bosnia (eventually) and later Kosovo were two of the most technically accomplished foreign policy successes of the postwar era. Ms. Rice could not appreciate that. Why? Possibly because she was a Russian studies student, possibly the only truly failed academic discipline in the public policy area in the postwar era: a bunch of emigre professors with axes to grind, the perfect background for a Bush administration "foreign policy professional." Mr. Brzynski is of course the beautiful exception which proves the rule, a man masterfully at home with the complexity of the international situation.

    The American public seems to grasp the desirability of stability in the international arena at this time, more so than much of the foreign policy establishment which clamors for confrontation with Iran and others who want to continue the "big battalion" presence in distant countries.

    Skill, not mediocrity, should be the touchstone for picking future foreign policy leadership to promote the country's interests.

    And lastly, the three transformation leaders cited as examples were leaders of movements advocating large-scale change, not leaders of bureaucracies tending the overgrown gardens of competing interests.

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