Monday, September 22, 2014
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Jeux de pouvoir autour de la Syrie

LE CAIRE – Avec l’escalade de la violence en Syrie, la paralysie de la communauté internationale devient de plus en plus choquante. Mais le jeu des forces régionales externes contribue presque autant à alimenter les affrontements que les événements intérieurs. Si la Syrie pouvait se libérer de l’influence négative des politiques régionales, un changement véritable sans violences supplémentaires pourrait devenir possible.

La Syrie doit gérer elle-même ses diverses composantes ethniques et religieuses et décider par elle-même quelle est sa position par rapport au conflit israélo-arabe. Mais cette tâche est compliquée par l’intervention des pays voisins, qui exploitent la composition hétérogène du pays à leurs propres fins hégémoniques.

La Syrie est située au centre de forces géopolitiques puissantes et opposées. L’Iran, avec sa rhétorique anti-américaine et anti-occidentale et ses vastes ambitions régionales, domine à l’Est. Au Sud, il y a l’Arabie saoudite, alliée de longue date des Etats-Unis et fondamentalement hostile à la République islamique d’Iran. Et au Nord se trouve la Turquie, un pays essentiellement laïc et démocratique qui cherche à étendre son influence sur le monde arabe.

La Syrie et la région qui l’entoure abritent par ailleurs des groupes islamistes extrémistes qui tentent également d’élargir leur sphère d’influence – et qui ne perdent pas de temps à tirer parti de l’instabilité d’un quelconque pays. La Syrie est particulièrement vulnérable à cet égard et les extrémistes incitent à la violence contre les minorités religieuses en utilisant, par exemple, les chaînes de télévision saoudiennes et égyptiennes.

Le régime actuel en Syrie, qui cherche à se maintenir au pouvoir quel qu’en soit le coût, refuse de reconnaître les demandes pacifiques des manifestants pour davantage de liberté et de dignité. S’il le faisait – et qu’il donne suite à ces demandes – les islamistes ne seraient plus en mesure de s’approprier les manifestations.

Un changement pacifique en Syrie est néanmoins possible et la communauté internationale peut influer sur ce processus en reconnaissant que son obstination à parler de la « complexité » du pays n’aide en rien son peuple. En fait, l’idée fixe concernant les rivalités sectaires syriennes donne précisément aux forces déstabilisatrices externes l’oxygène nécessaire à leurs discours incendiaires.

L’incitation à la violence contre les minorités religieuses syriennes véhiculée par les chaînes de télévision extrémistes, et par des personnes comme le président de la Cour Suprême saoudienne, associée à un comportement tout aussi néfaste de la part de l’Iran, pourraient, si rien n’est fait, déboucher sur un bain de sang pire encore, avec le peuple syrien entraîné dans une guerre de tous contre tous.

La communauté internationale a permis qu’un changement intervienne en Tunisie et en Égypte au rythme choisi par ces pays. En Syrie, une intervention militaire similaire à celle en cours en Libye n’est pas justifiée, mais une intervention diplomatique est nécessaire pour permettre à la population de déterminer son avenir.

L’objectif de la communauté internationale doit être de persuader les pays voisins de mettre fin à leurs attaques cyniques et injustifiées contre certains pans de la société syrienne. Les Etats-Unis, en raison de l’influence considérable qu’ils exercent en Arabie saoudite, doivent en particulier intervenir pour que cessent les attaques des extrémistes saoudiens contre les minorités religieuses syriennes – des attaques motivées uniquement par le désir de provoquer des conflits sectaires. De même, les efforts visant à affaiblir l’influence perturbatrice de l’Iran doivent être poursuivis, tout en gardant à l’esprit les ambitions régionales de la Turquie.

L’optimisme concernant l’avenir du peuple syrien doit être tempéré par une appréciation réaliste des défis auxquels sont confrontés à la fois le mouvement d’opposition syrien et la communauté internationale. Un changement rapide et brutal pourrait se traduire par un échec dans la durée. Heureusement, les Syriens n’ont aucun penchant pour la violence. De leur point de vue, un changement pacifique et progressif est la meilleure option. Il faut pour ce faire instaurer un dialogue national, supervisé par la communauté internationale, visant à renforcer l’unité interne – et ainsi préserver le pays des interférences régionales.

La situation en Syrie est généralement – et à juste titre – décrite comme étant complexe et pluridimentionnelle, avec un large éventail d’acteurs politiques et d’intérêts concurrents. Mais le simple désir du peuple syrien pour des réformes véritables, une plus grande liberté individuelle et davantage d’ouverture économique, a été quelque peu ignoré.

Les Syriens ont vécu sous une dictature ininterrompue depuis 40 ans, accompagnée de très grandes difficultés économiques, dont un taux de chômage élevé, des denrées alimentaires toujours plus chères et une corruption endémique. Ils souffrent aujourd’hui en plus d’une pénurie d’eau potable et d’un déficit budgétaire aggravé par la baisse des revenus pétroliers. Mais les Syriens sont un peuple remarquablement déterminé et plein de ressources, et de plus jeune et bénéficiant d’une bonne éducation.

Avec une assistance internationale permettant de développer les institutions démocratiques et les infrastructures politiques syriennes, nous pouvons construire une société civile solide qui sera capable d’affirmer sa propre identité et sa souveraineté, indépendamment de toute influence extérieure superflue. Une nouvelle Syrie, basée sur les principes démocratiques, ne bénéficierait pas seulement aux Syriens, mais serait également une source de stabilité pour toute la région.

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