Wednesday, April 16, 2014
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Les banques centrales et le monétarisme

TILBURG (HOLLANDE) – La crise économique souligne la nécessiter de réformer en profondeur les banques centrales. Le moment est venu pour elles de revenir à une forme de monétarisme modéré, adapté au 21° siècle.

La crise actuelle a rendu leur tâche bien plus difficile. Durant les 30 dernières années, beaucoup d'entre elles estimaient que leur rôle se limitait à veiller à la stabilité des prix et tous les instruments à leurs dispositions étaient orientés dans ce but. Mais désormais elles doivent aussi se préoccuper de la stabilité financière. Implicitement, elles devront aussi veiller à empêcher une nouvelle récession. Mais dans le contexte institutionnel actuel il leur est extrêmement difficile de mener à bien ces tâches. Il leur faudrait pour cela de nouveaux instruments, et c'est là que les choses se compliquent.

La raison en est simple : selon la règle de Tinbergen – d'après le nom du Hollandais Jan Tinbergen, prix Nobel d'économie – les banques centrales devraient avoir un instrument spécifique pour chacun des objectifs qui leur incombe, comme le fait de veiller à la stabilité des prix.

Ce principe d'un instrument par objectif se complique du fait que ces instruments doivent être indépendants les uns des autres. Prenons l'exemple des taux d'intérêt. Ils ne peuvent servir à la fois à maintenir la stabilité des prix et la stabilité du système financier, car ils sont utilisés à la hausse dans un cas et à la baisse dans l'autre.

Ainsi lors d'une crise économique dans le secteur bancaire, si une banque centrale inonde les banques de liquidités bon marché, cela accroît la masse monétaire sur les marchés financiers et pousse les taux d'intérêt à la baisse. L'inflation qui peut en résulter va à l'encontre de l'objectif de maintien de la stabilité des prix. Les banques centrales sont donc constamment confrontées à la nécessité de trouver un compromis entre stabilité des prix et stabilité financière.

Il semble presque impossible de trouver de nouveaux instruments faciles à mettre en œuvre et indépendants des taux d'intérêt. Il existe pourtant une solution : les banques centrales doivent accorder plus d'importance au contrôle de la croissance de la masse monétaire (au sens large) dans leur stratégie.

Souvent critiquée pour sa politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) est peut-être sur la bonne voie. Beaucoup d'économistes estiment que la crise financière et économique est due au moins en partie au fait que de grandes banques centrales comme la Banque d'Angleterre et la Réserve fédérale américaine ont maintenu trop bas et trop longtemps les principaux taux d'intérêt. Cela a généré une longue période de taux de croissance à deux chiffres de la masse monétaire.

La BCE a été plus prudente. Il est vrai que l'écroulement des primes de marché sur les marchés financiers, le développement de toutes sortes de produits dérivés exotiques et leur emploi à mauvais escient ont ouvert la voie à la crise - mais ces facteurs n'auraient pas suffi à la déclencher sans la forte croissance de la masse monétaire aux USA, au Royaume-Uni et dans les grandes économies émergeantes.

Certes, donner la priorité à la masse monétaire ne va pas sans inconvénient. Ainsi, l'innovation financière a affaibli le lien entre croissance de la masse monétaire et inflation, mais il n'est pas rompu. Comme le montre la crise, tôt ou tard une trop grande masse monétaire conduit à des abus - qu'il s'agisse de la disparition des primes de marché, de la hausse des prix à la consommation ou des actifs.

Ainsi qu'on le voit, quand la croissance de la masse monétaire est trop importante, les conséquences sont graves pour la stabilité des prix, la stabilité financière et même la stabilité économique. Prévenir ce type de situation suppose que les banques centrales jonglent avec plusieurs objectifs. Donner beaucoup plus d'attention à la masse monétaire (au sens large) leur éviterait de n'en atteindre aucun. 

Sylvester Eijffinger est professeur d'économie financière à l'université de Tilburg et membre du Comité d'experts en matière d'affaires monétaires du Parlement européen.

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